Quand je pense à la littérature caribéenne, je pense à créolité, antillanité, négritude, les sujets propres à l’identité.
Laurence Amodeo

J’ai toujours été fascinée par les médiathèques. On y croise des étudiants qui révisent leurs examens, des personnes âgées en quête de distraction, des parents souhaitant donner à leurs enfants le goût de la lecture. On y trouve tous types de personnes avec pour point commun celui de s’instruire et de se cultiver.
Situées au coeur des villes, les médiathèques sont aussi un lieu d’échanges et de rencontres. C’est pour ces raisons que j’ai voulu en savoir plus sur les activités de la médiathèque du Moule. Vous pouvez consulter leur page Instagram pour constater que l’équipe est très active et qu’elle organise un grand nombre d’évènements littéraires et culturels.
J’ai posé quelques questions à Laurence Amodeo, responsable à la médiathèque du Moule.

Bonjour, pouvez-vous nous présenter les activités de la médiathèque ?
L. A. : Bonjour, la médiathèque est un équipement public de 1500m2 au coeur de la ville qui est en plein renouveau tant sur le fonctionnement (nous sommes en chemin vers un tiers lieu) que sur la modernisation du bâtiment (un espace coworking est prévu). On a débuté avec l’installation d’une maison France Service au rez-de chaussée qui permet à la population de faire ses démarches plus facilement (c’est un public qui vient à notre rencontre et qu’on peut désormais toucher). Nous avons mis en place la micro-folie, en partenariat avec La Villette qui a été installée pour ramener l’art dans les territoires d’Outre Mer et rendre l’art plus accessible. La micro-folie propose un musée numérique, un espace en réalité virtuelle, un learning lab.
Au niveau de la médiathèque, nous sommes un équipement de lecture publique et nous avons pour mission de développer la lecture, de la rendre accessible à la population et de l’accompagner dans l’apprentissage des savoirs, des pratiques, notamment les compétences informatiques. L’idée est d’avoir différents médium pour accompagner les citoyens et leur faire découvrir l’univers du livre.
Quels sont vos actions pour inciter les jeunes à lire ?
L. A. : Nous tenons à mettre en place une offre culturelle en lien avec ce que les jeunes aiment. L’idée est de rendre la littérature accessible et agréable. On a pu mettre en place des ateliers gaming, notamment avec l’association moulienne Les Nakama créole, pour proposer des ateliers jeux vidéos avec des temps de lecture. On a pu offrir des chèques lire aux jeunes qui souhaitaient partager une lecture. Nous proposons aussi des choses en lien avec le mangas, comme des ateliers dessins pour que ce public de dessinateurs découvrent aussi la médiathèque. Nous mettons aussi en place des ateliers créatifs.
L’idée est que le jeune soit habitué dès son plus jeune âge à lire, que le livre soit au coeur de la famille et qu’on puisse, au fil des âges, proposer des thématiques qui les concernent. Le fond adolescent de la médiathèque aborde les questions de genre, de sexualité, le fantastique etc. Nous avons aussi des documentaires qui abordent des questions d’égalité homme/femme, de harcèlement etc.
Pouvez-vous nous présenter trois livres à lire absolument ?
L. A. : Le choix a été difficile entre les nouveautés et les indispensables. J’ai essayé de vous présenter trois livres phares. On a l’Expédition de Stéphane Servant et d’Audrey Spiry, c’est un livre jeunesse avec de très belles illustrations qui a aussi de très beaux textes. L’univers fait penser à un univers créole. Ce livre a été présenté dans le cadre du prix Chronos.

Pour les plus grands, nous avons le livre Cette fille c’était mon frère de Julie Anne Peters qui porte sur la question du genre. C’est une question primordiale qui est parfois taboue et qui est donc importante. On nous demande d’être inclusifs afin que chacun puisse trouver ce qui l’intéresse et le sujet qui peut l’aider dans sa construction.

Pour terminer, nous avons un livre adulte de Simone Schwarz-Bart, Pluie et vent sur Télumée Miracle. C’est une plongée dans la vie guadeloupéenne, dans l’univers des Antilles et des descriptifs qui permettent de revenir à l’ancienne époque.

Quel(le) est l’auteur ou l’autrice incontournable selon votre équipe ?
L. A. : C’est une question vraiment difficile mais j’ai pensé à deux autrices qui font partie des plus demandées. Il y a Maryse Condé qui est incontournable, notamment avec Le coeur à rire et à pleurer.

Je vais surtout mettre l’accent sur Gisèle Pineau dont la section jeunesse porte le nom. Ady, Soleil noir, une de ses dernières oeuvres, est un coup de coeur. C’est une plongée dans le départ de la terre natale et l’expérience à Paris d’une femme noire ainsi que son histoire d’amour avec Man Ray. Nous espérons recevoir Gisèle Pineau à la médiathèque dans le cadre de la Micro-folie puisqu’une conférence autour de l’oeuvre de Man Ray serait très intéressante.

Quel(le) est le nouvel auteur ou la nouvelle autrice à découvrir ?
L.A. : C’est vrai que le choix s’est fait sur beaucoup d’autrices féminines. Ici, nous avons une jeune autrice, Maëllie Duro-Cardonnet, que nous avons pu recevoir lors d’un samedi littéraire, qui est une rencontre littéraire à deux voix avec deux auteurs. Elle a présenté son recueil de poésies, Le temps d’une plume. Cette jeune autrice a treize ans et est lauréate du Prix Littéraire FETKANN ! MARYSE CONDÉ. En ce moment, elle enregistre sur RCI, une émission littéraire qui sera diffusée sur les ondes. Elle a une très belle actualité et est très talentueuse.

Quels sont vos conseils pour lire davantage ?
L. A. : Pour lire plus, il faut mettre le livre au coeur de la maison et des habitudes. Il faut que la lecture débute dès le premier âge, c’est-à-dire qu’enceinte, on peut déjà débuter la lecture à un bébé dans le ventre, l’idée c’est que quand l’enfant nait, il ait des livres. Nous avons un espace bébé lecteur. L’idée c’est d’avoir des livres un peu partout dans la maison quand on peut. Si on ne peut pas les acquérir, la médiathèque est là.
L’idée est aussi de pouvoir découvrir la diversité tant dans la thématique abordée mais aussi dans les formats de livres : des petits, des grands, des livres pop up mais aussi des livres numériques ou des livres audios. Nous avons d’ailleurs un partenariat avec Une voix, une histoire, qui édite des livres du fond local qui ne sont pas toujours disponibles sur Audible. Tout ces formats permettent d’écouter un livre pendant qu’on conduit ou qu’on fait le ménage ou juste avant de dormir.
Avec la médiathèque numérique mise en place par le département, l’ensemble des médiathèques de la Guadeloupe, chaque abonné a accès à un portail de ressources en lignes, de livres numériques, de magasines, de livres audios et de musiques. Tout cela contribue à faciliter la lecture.
L’idée est aussi d’être décomplexé par rapport au fait de commencer un livres et de ne pas l’achever. On a la liberté de lire ce que l’on veut, des BD, des romans et d’aller à la rencontre de temps de partage sur la lecture sur les réseaux sociaux ou dans les clubs littéraires.
Quel est l’apport de la littérature caribéenne ?
L. A. : Quand je pense à la littérature caribéenne, je pense à créolité, antillanité, négritude, les sujets propres à l’identité. Mais c’est aussi une littérature qui met du rythme avec l’oralité qui se retrouve à l’écrit. On a une littérature qui nous permet de se retrouver, de retrouver nos us et coutumes, nos Mès é labitid, qui parfois n’étaient pas écrits mais toujours transmis à l’oral. Nous avons cette écriture qui permet la transmission, la découverte mais aussi une écriture qui est consciente et engagée et qui parle de sujets de fond comme le chlordécone ou l’esclavage. Ce sont des sujets très importants propres à notre vie quotidienne. C’est une littérature vraiment riche, rythmée, engagée et consciente.
Je pense à Victoire, les saveurs et les mots de Maryse Condé où on plonge dans les marchés et le monde culinaire. Quand on pense à littérature caribéenne, on pense aussi à L’esclavage racontée à ma fille de Christiane Taubira, qui est un sujet important sur la transmission. On pense aussi à Lapo Farine de Tony Delsham.



C’est toute cette littérature qui permet de grandir et de se connaître aussi, de partager et d’évoluer. Nous avons des textes comme Le Jour où les Antilles feront peuple de Matthieu Gama, qui nous permettent de s’engager et d’apporter une réflexion sur notre devenir.

Pour terminer, pouvez-vous nous présenter une citation d’un auteur/d’une autrice ou d’un livre ?
L. A. : Je reviendrais au recueil de Maëllie Duro-Cardonnet, Le temps d’une plume, avec un extrait du dernier poème qui s’intitule Par l’écriture :
« Pour m’exprimer, les mots je fais couler, les phrases, je fais vibrer, les textes, je fais danser, pour qu’on m’écoute toujours.«
