J’ouvrais un livre et j’entendais le chant du monde.
Minuit dans la ville des songes, René Frégni, page 68

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé lire. Petite, je dévorais les histoires de compères Lapin, les Malheurs de Sophie et plus tard Harry Potter a scellé définitivement mon amour pour la lecture.
Mes parents ne lisent pas beaucoup mais mon arrière-grand-mère, cette femme adorée qui ne quitte jamais mes pensées, m’a initiée au monde merveilleux des livres.
Tout comme elle, je ne sors jamais sans un livre, même quand je sais qu’il est peu probable que je lise dans la journée. Tout comme elle, j’ai besoin d’avoir mes livres près de moi. Leur présence me rassure et sans eux je me sens vide. Tout comme elle, je pourrais parler pendant des heures d’un livre que j’ai aimé. Seulement, elle n’est plus là et je ne peux plus, du moins plus avec elle.
« Tu n’es pas vraiment fichu tant qu’il te reste une bonne histoire, et quelqu’un à qui la raconter. »
Novecento : pianiste, Alessandro Baricco, page 21
Ce qu’elle aimait par dessus tout, c’étaient les livres d’histoire. Ce n’est donc pas un hasard si j’aime cette matière. Mon arrière-grand-mère a façonné une grande partie de ce que je suis devenue et je lui serai éternellement reconnaissante pour tout ce qu’elle m’a transmis.
« Oui, un livre répond à une urgence intérieure. On se met à barbouiller du papier parce qu’on ne peut pas faire autrement. »
Le chemin des estives, Charles Wright, page 298


Ceux qui sont partis ne nous quittent jamais réellement et je la retrouve parfois entre les lignes d’un livre ou lorsque je regarde un documentaire historique. Page par page, je me souviens de son rire, de ses anecdotes et parfois, je sens une brise légère sur mon visage comme une caresse de ma chère mémé pour me dire qu’elle veille sur moi. Un amour aussi fort ne disparaît jamais.
« Il y a dans la littérature des vérités qu’on ne décèle nulle part ailleurs. »
Le chemin des estives, Charles Wright, page 271
La lecture c’est donc pour moi une affaire de transmission. Transmission des auteurs qui nous lèguent leur âme à travers leurs écrits, transmission d’une arrière-grand-mère à son arrière-petite-fille et désormais transmission d’une mère à sa fille.
Je n’ai pas attendu bien longtemps avant de partager mon amour de la lecture avec ma fille. À deux ans à peine, elle ne quitte déjà plus les livres. L’histoire du soir est sacrée et sa petite bibliothèque est déjà bien remplie.
« Ce livre s’adressait à moi. Comme s’adresse toujours à nous tout livre essentiel. »
La plus secrète mémoire des hommes, Mohamed Mbougar Sarr, page 205
La lecture c’est aussi pour moi un repère, une bouée, un roc solide auquel je me suis raccrochée lorsque tout menaçait de s’effondrer. Dans les heures les plus sombres, j’ai toujours pu compter sur les livres, comme des amis fidèles.
» Les livres écartent la solitude, l’angoisse, la peur, parfois la barbarie. »
Je me souviens de tous vos rêves, René Frégni, page 48
Aînée de ma famille, il m’arrivait parfois de me sentir seule. Les livres ont alors été de merveilleux compagnons.
Parfois, ils m’ont aussi isolée lorsque je ne voulais plus rien faire d’autre que de me perdre à travers leurs pages.
« L’acte de la lecture en lui-même, n’était-ce pas un plaisir plus substantiel que celui de jouer ou de manger par exemple, même lorsqu’on avait grand faim ? »
La rue Cases-Nègres, Joseph Zobel
Mais le plus souvent, ils m’ont ouvert l’esprit et donné envie de comprendre les autres et le monde qui m’entoure. J’ai pleuré hier pour le peuple juif en lisant le journal d’Anne Franck, je pleure aujourd’hui pour le peuple palestinien à la lecture de la pièce Tous des oiseaux de Wajdi Mouawad.
« L’art est le seul langage qui se partage à la surface de la terre sans distinction de nationalité ni de race, ces deux fléaux qui interdisent la communication entre les hommes. »
Histoire de la femme cannibale, Maryse Condé, page 196
La lecture c’est un acte politique. J’ai la ferme conviction que certains ouvrages seront dans un futur plus ou moins proche interdits. Alors, je me constitue lentement mais sûrement ma bibliothèque de secours. Fanon, Césaire, Baldwin, Cheikh Anta Diop, Condé, Orwell, Atwood et tant d’autres constituent mon trésor de guerre. Je les lis, je les collectionne, je prend des notes et je les garde précieusement. Au cas où…
« Le dictateur m’avait jeté à la porte de mon pays. Pour y retourner, je passe par la fenêtre du roman. »
L’énigme du retour, Dany Laferrière, page 153
La lecture c’est enfin un échappatoire. Me perdre dans les mots couchés sur le papier pour échapper aux maux d’un monde enragé. Je ne veux pas ignorer ce qu’il se passe à Gaza, au Congo ou ailleurs… au contraire – rappelez vous de mon trésor de guerre – mais il est aussi bon de quitter un instant la folie du monde pour savourer la beauté d’une plume engagée.
