J’ouvrais un livre et j’entendais le chant du monde.
Minuit dans la ville des songes, René Frégni, page 68
D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé lire. Petite, je dévorais les histoires de compères Lapin, les Malheurs de Sophie et plus tard Harry Potter a scellé définitivement mon amour pour la lecture.
Mes parents ne lisent pas beaucoup mais mon arrière-grand-mère, cette femme adorée qui ne quitte jamais mes pensées, m’a initiée au monde merveilleux des livres.
Tout comme elle, je ne sors jamais sans un livre, même quand je sais qu’il est peu probable que je lise dans la journée. Tout comme elle, j’ai besoin d’avoir mes livres près de moi. Leur présence me rassure et sans eux je me sens vide. Tout comme elle, je pourrais parler pendant des heures d’un livre que j’ai aimé. Seulement, elle n’est plus là et je ne peux plus, du moins plus avec elle.
« Tu n’es pas vraiment fichu tant qu’il te reste une bonne histoire, et quelqu’un à qui la raconter. »
Novecento : pianiste, Alessandro Baricco, page 21
Ce qu’elle aimait par dessus tout, c’étaient les livres d’histoire. Ce n’est donc pas un hasard si j’aime cette matière. Mon arrière-grand-mère a façonné une grande partie de ce que je suis devenue et je lui serai éternellement reconnaissante pour tout ce qu’elle m’a transmis.
« Oui, un livre répond à une urgence intérieure. On se met à barbouiller du papier parce qu’on ne peut pas faire autrement. »
Le chemin des estives, Charles Wright, page 298
Ceux qui sont partis ne nous quittent jamais réellement et je la retrouve parfois entre les lignes d’un livre ou lorsque je regarde un documentaire historique. Page par page, je me souviens de son rire, de ses anecdotes et parfois, je sens une brise légère sur mon visage comme une caresse de ma chère mémé pour me dire qu’elle veille sur moi. Un amour aussi fort ne disparaît jamais.
« Il y a dans la littérature des vérités qu’on ne décèle nulle part ailleurs. »
Le chemin des estives, Charles Wright, page 271
La lecture c’est donc pour moi une affaire de transmission. Transmission des auteurs qui nous lèguent leur âme à travers leurs écrits, transmission d’une arrière-grand-mère à son arrière-petite-fille et désormais transmission d’une mère à sa fille.
Je n’ai pas attendu bien longtemps avant de partager mon amour de la lecture avec ma fille. À deux ans à peine, elle ne quitte déjà plus les livres. L’histoire du soir est sacrée et sa petite bibliothèque est déjà bien remplie.
« Ce livre s’adressait à moi. Comme s’adresse toujours à nous tout livre essentiel. »
La plus secrète mémoire des hommes, Mohamed Mbougar Sarr, page 205
La lecture c’est aussi pour moi un repère, une bouée, un roc solide auquel je me suis raccrochée lorsque tout menaçait de s’effondrer. Dans les heures les plus sombres, j’ai toujours pu compter sur les livres, comme des amis fidèles.
» Les livres écartent la solitude, l’angoisse, la peur, parfois la barbarie. »
Je me souviens de tous vos rêves, René Frégni, page 48
Aînée de ma famille, il m’arrivait parfois de me sentir seule. Les livres ont alors été de merveilleux compagnons.
Parfois, ils m’ont aussi isolée lorsque je ne voulais plus rien faire d’autre que de me perdre à travers leurs pages.
« L’acte de la lecture en lui-même, n’était-ce pas un plaisir plus substantiel que celui de jouer ou de manger par exemple, même lorsqu’on avait grand faim ? »
La rue Cases-Nègres, Joseph Zobel
Mais le plus souvent, ils m’ont ouvert l’esprit et donné envie de comprendre les autres et le monde qui m’entoure. J’ai pleuré hier pour le peuple juif en lisant le journal d’Anne Franck, je pleure aujourd’hui pour le peuple palestinien à la lecture de la pièce Tous des oiseaux de Wajdi Mouawad.
« L’art est le seul langage qui se partage à la surface de la terre sans distinction de nationalité ni de race, ces deux fléaux qui interdisent la communication entre les hommes. »
Histoire de la femme cannibale, Maryse Condé, page 196
La lecture c’est un acte politique. J’ai la ferme conviction que certains ouvrages seront dans un futur plus ou moins proche interdits. Alors, je me constitue lentement mais sûrement ma bibliothèque de secours. Fanon, Césaire, Baldwin, Cheikh Anta Diop, Condé, Orwell, Atwood et tant d’autres constituent mon trésor de guerre. Je les lis, je les collectionne, je prend des notes et je les garde précieusement. Au cas où…
« Le dictateur m’avait jeté à la porte de mon pays. Pour y retourner, je passe par la fenêtre du roman. »
L’énigme du retour, Dany Laferrière, page 153
La lecture c’est enfin un échappatoire. Me perdre dans les mots couchés sur le papier pour échapper aux maux d’un monde enragé. Je ne veux pas ignorer ce qu’il se passe à Gaza, au Congo ou ailleurs… au contraire – rappelez vous de mon trésor de guerre – mais il est aussi bon de quitter un instant la folie du monde pour savourer la beauté d’une plume engagée.
Présentation lors d’une rencontre organisée par l’association haïtienne Li AVÈM.
Les seules créations valables sont celles de l’imaginaire.
Histoire de la femme cannibale, Maryse Condé, page 63
J’ai été invitée par l’association haïtienne LI AVÈM à intervenir lors de leur rentrée sur le thème : « La littérature à l’ère du numérique ». Blogueuse, bookstagrammeuse et récemment booktubeuse, c’est un thème qui me parle particulièrement. On entend souvent dire que la littérature se voit concurrencer par le numérique (jeux vidéo, smarthones, séries etc.) mais qu’en est-il réellement ?
Ainsi, dans un monde de plus en plus connecté, on peut s’interroger sur la place réelle de la littérature.
Le numérique, un danger pour la littérature?
Depuis quelques années, de nouveaux termes sont apparus qui en disent long sur nos modes de consommation. On scroll sur les réseaux sociaux, on swipe sur les applications de rencontres, on binge watch des séries sur les plateformes de streaming. Ces nouveaux termes illustrent une société dans laquelle tout doit aller vite, tout doit être consommé en énorme quantité. Nous sommes dans l’ère de la quantité et non de la qualité.
« L’acte de la lecture en lui-même, n’était-ce pas un plaisir plus substantiel que celui de jouer ou de manger par exemple, même lorsqu’on avait grand faim ? »
La rue Cases-Nègres, Joseph Zobel
Cela a modifié également la manière de créer. Par exemple, la musique est maintenant pensée pour TikTok. Les morceaux sont de plus en plus courts et cherchent avant tout à faire l’objet de challenges sur TikTok.
Dans une telle société, la littérature semble complètement anachronique. Lire un livre suppose de se poser, loin des écrans et de se plonger dans un ailleurs. De même, l’écriture suppose de prendre du temps pour créer son oeuvre.
« Je fais partie de ce peuple anonyme des lecteurs. Chacun de nous est assis dans sa chambre, un livre à la main, et nous voyageons dans un immense train qui n’existe pas »
Minuit dans la ville des songes, René Fregni, page 253
La littérature suppose donc une non-consommation à l’inverse de la surconsommation proposée par le numérique. Entre l’obsolescence programmée des appareils et la multitude de publicités, le numérique incite à toujours consommer plus. Que ce soit entre deux story Instagram après un placement de produit, dans les clips musicaux ou même dans les séries, nous sommes envahis par les appels à la consommation. A l’inverse, impossible d’insérer une publicité entre les pages d’un livre ou sur un carnet d’écriture.
« Les grandes oeuvres appauvrissent et doivent toujours appauvrir. Elles ôtent de nous le superflu. De leur lecture, on sort toujours dénué : enrichi, mais enrichi par soustraction. »
La plus secrète mémoire des hommes, Mohamed Mbougar Sarr, page 47
Dans ce contexte, les acteurs du monde littéraire ont du se réinventer pour ne pas disparaitre au profit du numérique.
Le numérique, une opportunité pour la littérature ?
Pour ne pas totalement disparaître, la littérature s’est servie du numérique pour développer de nouveaux outils et de nouveaux modes de communication.
Concernant les nouveaux outils, les ebooks permettent d’emporter sa bibliothèque partout avec soi. On peut avoir une centaine de livres juste dans sa poche. Je ne suis pas fan des liseuses mais il faut reconnaître que c’est très pratique lorsque l’on voyage. L’autre avantage est que les livres sont souvent moins chers au format numérique.
Il y a aussi les livres audio qui ont l’avantage d’offrir un accès à la littérature aux personnes mal voyantes. C’est aussi un excellent moyen d’écouter un livre tout en faisant autre chose (le ménage, la conduite, la vaisselle etc.) un peu comme avec les podcasts. A ce sujet, la maison d’édition Une voix Unehistoire dont on a parlé avec la médiathèque du Moule, propose des livres audios issus du fond caribéen.
Concernant la communication, les maisons d’édition et les auteurs ont vite compris la puissance des réseaux sociaux. On parle maintenant de Booktok pour le TikTok dédié aux livres, de Bookstagram pour Instagram et de Booktube pour Youtube. Ainsi, selon un article de France Info, en septembre 2022, le #BookTok avait généré 88 milliards de vues, dont 1,6 milliard en France. Cet article cite l’exemple du livre Le chant d’Achille de Madeline Miller sorti en 2015 qui est passé de 15 000 à 180 000 exemplaires vendus après une vidéo virale conseillant cet ouvrage en 2021.
« La littérature, comme le crime organisé, a son réseau »
L’énigme du retour, Dany Laferrière, page 30
De plus, selon un rapport du Centre National du Livre datant de 2022, 11% des 7-25 ans disent choisir un livre « après en avoir entendu parler sur les réseaux sociaux ». Ainsi, on observe l’apparition d’influenceurs littéraires. Certains ont même quitté leur emploi pour se consacrer uniquement à la création de contenu. Il existe même des agences d’influence qui se spécialisent dans ce domaine.
Devant ce succès, certains se félicitent car la littérature est encouragée grâce au numérique. D’autres sont plus sceptiques car cela pose des questions. On a dit plus haut que la littérature entre en contradiction avec la société de consommation mais le chant des sirènes du capitalisme n’est jamais très loin.
« Le capitalisme passe son temps à nous revendre sous la forme de produits ce qu’il a commencé à détruire. »
Sorcière, la puissance invaincue des femme, Mona Chollet, page 32
Peut-on faire confiance à l’avis d’un influenceur littéraire s’il est payé ou s’il reçoit des livres gratuitement ? Pour ma part, je ne suis pas rémunérée mais il m’arrive effectivement de recevoir des livres gratuits. Même si je souhaite rester le plus honnête possible, il est vrai que je vais avoir tendance à modérer mon langage pour ne pas blesser l’auteur qui m’a envoyé son livre gratuitement. Je ne vais pas mentir mais mon avis ne sera pas aussi acerbe que si je l’avais acheté directement (et oui car en plus d’être mauvais, ce livre nous aura aussi fait perdre de l’argent).
De plus, ce sont souvent les mêmes livres qui sont mis en avant, et très souvent des livres Young Adult, ce qui fait du livre un objet à la mode qu’il faut absolument lire pour rester dans la tendance. Il est rare de voir des livres issus de la littérature antillaise en trend sur TikTok par exemple d’où la nécessité de continuer à promouvoir cette littérature.
« J’ai toujours pensé que c’était le livre qui franchissait les siècles pour parvenir jusqu’à nous. Jusqu’à ce que je comprenne en voyant cet homme que c’est le lecteur qui fait le déplacement. »
L’énigme du retour, Dany Laferrière, page 31
Donc oui le numérique représente une véritable opportunité pour les acteurs du monde littéraire mais il faut faire attention pour ne pas que la littérature perde son essence.
L’intelligence artificielle : menace ou renouveau de la littérature ?
Ces dernières années, l’intelligence artificielle (IA) est de plus en plus présente dans tous les domaines, et l’univers littéraire n’y a pas échappé.
Ainsi, on peut trouver en vente sur la boutique Kindle d’Amazon des livres écrits par ChatGPT. Pour écrire un livre avec l’IA, rien de plus simple : Il suffit de donner des instructions au logiciel et ce dernier peut générer un texte.
Cela entraîne une concurrence avec de véritables auteurs qui ont parfois du mal à se faire publier. De même, certains auteurs risquent de perdre leur emploi s’ils peuvent être remplacés par un logiciel. Avec l’intelligence artificielle, on peut aussi noter des livres sur des sites pour booster leurs ventes. Ainsi, des centaines de bots pourront mettre de bons avis et de bonnes notes à des livres écrits par chatGPT et ce livre sera mis en avant au détriment de celui écrit par un être humain.
Pour ces raisons, certains en font un business lucratif. On trouve maintenant des vidéos d’influenceurs qui expliquent comment s’enrichir en utilisant l’intelligence artificielle pour écrire un livre.
Ainsi, écrire n’est plus un art mais une source de revenus. Les sirènes du capitalisme chantent toujours plus fort.
Cependant, je suis persuadée que les amoureux de la littérature ne se laisseront pas berner. Aucune IA ne peut remplacer le cri de l’auteur en exil.
« Le dictateur m’avait jeté à la porte de mon pays. Pour y retourner, je passe par la fenêtre du roman. »
L’énigme du retour, Dany Laferrière, page 153
Aucune IA ne peut faire ressentir la puissance procurée par la lecture d’un bon livre.
« J’ai un livre sur ma table de chevet. Parce que je n’ai pas de pistolet. »
Un monstre est là, derrière la porte, Gaëlle Bélem, page 139
« Bien sûr, un livre peut te changer ! Et même changer ta vie. Comme un coup de foudre. Et on ne peut pas savoir quand la rencontre aura lieu. Il faut se méfier des livres, ce sont des génies endormis. »
Petit Pays, Gaël Faye, page 169
Aucune IA ne peut traduire les tourments qui se jouent dans la tête d’un écrivain.
« D’un écrivain et de son oeuvre, on peut au moins savoir ceci : l’un et l’autre marchent ensemble dans le labyrinthe le plus parfait qu’on puisse imaginer, une longue route circulaire, où leur destination se confond avec leur origine : la solitude. »
La plus secrète mémoire des hommes, Mohamed Mbougar Sarr, page 15
« Au commencement est la mélancolie, la mélancolie d’être homme ; l’âme qui saura la regarder jusqu’à son fond et la faire résonner en chacun , cette âme seule sera l’âme d’un artiste – d’un écrivain. »
La plus secrète mémoire des hommes, Mohamed Mbougar Sarr, page 115
Aucune IA ne peut s’adresser à l’âme des lecteurs. Pour ma part, je vous écrivais ici, ce que représente la lecture pour moi.
« La plupart des lecteurs se prennent pour des personnages de roman. Ils considèrent leur vie comme une histoire pleine de bruits et de fureurs dont l’écrivain ne peut être que l’humble scribe »
L’énigme du retour, Dany Laferrière, page 24
Ainsi, j’ai envie d’encourager les lecteurs à promouvoir les livres qu’ils aiment, qu’ils soient à la mode ou pas. Continuez de lire avec passion. Aux auteurs, j’ai envie de dire : aucun robot ne pourra remplacer la sensibilité de votre plume. Faites vous confiance et continuez de nous faire rêver.
« Les romanciers ont peur d’inventer l’invraisemblable, c’est-à-dire le réel. »
Histoire de la femme cannibale, Maryse Condé, page 27
Comme toujours, quand je me lance à l’abordage de moi-même, les livres-aimés, les auteurs-aimés, me font des signes. Ils sont là. Ils m’habitent en désordre. Ils me comblent d’un fouillis. Tant de lectures depuis l’enfance m’ont laissé mieux que des souvenirs : des sentiments.
Ecrire en pays dominé, Patrick Chamoiseau, page 24
Savez-vous pourquoi vous lisez ? Savez-vous ce que la lecture vous apporte réellement ? Depuis sa création, le livre est un formidable outil de partage de connaissances. Parfois instrument de propagande, parfois instrument de libération, les livres sont bien plus puissants qu’on ne le pense.
« J’ai un livre sur ma table de chevet. Parce que je n’ai pas de pistolet. »
Un monstre est là, derrière la porte, Gaëlle Bélem, page 139
Pour ma part, j’ai toujours aimé lire, et pourtant, ce n’est que récemment que la lecture m’a fait son plus bel apport : la prise de conscience de mon identité. En effet, ce n’est que depuis quelques années que j’ai une réelle connexion avec mes origines et que j’ai pris conscience de la richesse de l’histoire de mon île et de la force de mes ancêtres.
La question de l’identité occupe une place importante en Guadeloupe. Ses rivages ont vu autrefois se déverser une génération de déracinés arrachés à leurs terres africaines, des hommes avides de richesses et des travailleurs malheureux, tout cela au détriment des Arawaks et des Kalinagos, ses premiers habitants.
La lecture de certains ouvrages m’a éveillé à la complexité de l’identité antillaise. Je vais vous présenter ceux qui ont été pour moi les éléments déclencheurs de cet éveil.
Comprendre la réalité de la colonisation avec Aimé Césaire
C’est un peu par hasard que j’ai décidé de lire le Discours sur le colonialisme et depuis il est devenu une oeuvre de référence dans mon panthéon livresque. C’est LE livre qui m’a fait véritablement m’interroger sur la question coloniale. Césaire y dénonce avec force les horreurs de la domination de l’homme par l’homme et balaie d’un revers de plume les arguments visant à trouver des justifications à la colonisation.
« Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. »
Page 7
L’un des points qui m’a marqué c’est la manière dont il aborde le fait que la colonisation tend à déshumaniser non seulement le colonisé mais aussi le colonisateur.
« La colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral […] Au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et « interrogés », de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès, lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. »
Page 12
Notons ici l’utilisation par Aimé Césaire du mot « ensauvagement » (si souvent repris aujourd’hui pour propager des thèses racistes).
« La colonisation, je le répète, déshumaniste l’homme même le plus civilisé »
Page 21
Connaître l’histoire de ses ancêtres avec Christiane Taubira
Au sein de ma famille, la question de l’esclavage n’est jamais abordée. J’ai pu observer un certain tabou dans les familles antillaises surtout chez nos ainés. Cette période sombre est étudiée à l’école de manière assez succincte, du moins lorsque j’y étais. Pour faire simple, j’y ai appris que des africains ont vendu leur frères en échange de pacotilles. Evidemment l’histoire est beaucoup plus complexe que ne le laisse entendre les livres scolaires.
« J’aime les Nègres marrons, mais aussi tous les insurgés, rebelles, mutins, résistants et abolitionnistes de toutes les époques et de toutes les causes. »
L’esclavage raconté à ma fille est un bon moyen pour connaitre l’histoire de l’esclavage et son impact. Il se présente sous la forme de question/réponse et a donc l’avantage d’être très pédagogique. L’analyse de Christiane Taubira est très juste et aborde aussi les problèmes contemporains. C’est un excellent livre quand on commence à s’intéresser à la question de l’esclavage et à son histoire.
« La France, qui fut esclavagiste avant d’être abolitionniste, patrie des droits de l’homme ternie par les ombres et les « misères des Lumières ».
Etre fière de ses origines et des siens avec Lilian Thuram
Mes étoiles noires est un petit bijou à avoir dans sa bibliothèque. Il met en lumière des hommes et des femmes noires au parcours exceptionnel. Des inventeurs, des résistants, des artistes… si souvent oubliés de l’histoire quand ils n’ont pas été carrément effacés.
« Tous les enfants connaissent les fables de La Fontaine. Il serait bon que les professeurs expliquent le lien entre Esope et La Fontaine, le Noir et le Blanc. Dire aux élèves que l’intelligence n’a pas de couleur, c’est éduquer contre le racisme avec sensibilité, intelligence et humour. »
La question de la représentation occupe une place de plus en plus importante dans le débat public et ce livre est un excellent moyen de se rappeler que, de tous temps, des hommes et des femmes noirs ont contribué à l’histoire universelle.
Si vous faites partie des personnes qui « lisaient plus avant », qui « lisaient quand elles étaient jeunes mais beaucoup moins maintenant » ou encore qui « ne trouvent plus le temps de lire », alors cet article est fait pour vous.
En effet, j’entends souvent cela quand je discute de ma passion pour la lecture avec des proches. C’est pourquoi je voulais partager avec vous quelques astuces afin de reprendre goût à la lecture.
Ma passion pour les livres remonte à l’enfance. Je lisais tellement que mes parents devaient parfois m’empêcher de lire toute la nuit la veille des jours d’école. Ensuite, pendant mes études, comme beaucoup, j’ai perdu un peu l’habitude et le goût de lire. Pourtant, j’ai renoué au fur et à mesure avec les livres ce qui m’a conduit à ouvrir ce blog.
Contrairement à d’autres blogueurs littéraires, je ne lis pas une centaine de livres par an. Je n’ai pas forcément le temps et je ne lis pas assez vite pour cela. Le but de cet article n’est donc pas de vous donner des astuces pour lire un maximum de livres dans une année, mais simplement de vous donner quelques conseils pour renouer avec l’amour des livres.
1. Commencer par un livre avec peu de pages
Nous habitons la Terre, Christiane Taubira, 160 pages
Tout d’abord, si cela fait longtemps que vous n’avez pas lu, je vous conseille de commencer par un livre avec un nombre raisonnable de pages. Si vous commencez directement avec un gros pavés de 800 pages, vous risquez de vous décourager (sauf si l’histoire est vraiment palpitante). Choisissez un auteur que vous aimez, le livre d’un film que vous avez adoré ou un genre que vous affectionnez. Ainsi, cette (re)découverte de la lecture se fera en douceur et sans frustration.
2.Intégrer la lecture dans sa routine
Livre d’illustrations de l’artiste coréenne Puuung1
Quand on a perdu l’habitude de lire, on a souvent l’impression que c’est parce qu’on n’a pas le temps pour cela. Une des solutions est de visualiser vos journées et d’imaginer un moment consacré à la lecture. Ainsi, cela devient un objectif à réaliser, un petit plaisir quotidien, un moment rien qu’à vous.
3. Lire dans les transports et dans les salles d’attente
Le métronome, Lorànt Deutsch
Vous êtes du genre à avoir les yeux rivés sur votre téléphone dans les transports ? Et si vous arrêtiez de scroller votre écran pour scroller les pages d’un bon livre ? L’avantage c’est que vous avez moins de chance de vous le faire arracher (sauf si vous me croisez et que je suis en manque de livres). Les transports bondés et les salles d’attente pleines de microbes sont souvent des lieux peu agréables mais vous pouvez aisément vous évader en lisant un livre.
4. Lire avant de dormir
Encyclopédie du chien, Tome 3, Royal Canin
Beaucoup on du mal à dormir et cela est souvent dû aux effets de la lumière bleue produite par nos écrans. Avec les livres, pas de risque de lumière bleue. De plus, je peux vous garantir qu’on s’endort bien plus vite après avoir lu quelques pages. C’est donc une méthode à tester avant toute prise de somnifères. Cependant, je dois vous avertir que certains soirs, il peut vous arriver de ne plus pouvoir décrocher de votre lecture …
5. Lire au réveil
Photo 1 : Magasine L’Histoire n°457 mars 2019 ; Photo 2 : Jane Eyre, Charlotte Brontë
Pour ceux qui n’auront pas passer la nuit à lire, vous pouvez prendre du temps le matin pour le faire. Un peu comme le principe du miracle morning qui consiste à se lever plus tôt pour faire ce que l’on aime, il suffit de mettre son réveil 30 minutes plus tôt et de bouquiner dans son lit, ou de prendre le temps de petit-déjeuner avec son livre. Commencer la journée en faisant quelque chose que l’on aime est très agréable. C’est aussi un moyen de se réveiller en douceur.
6. Faire une liste de livres à lire et visualiser sa PAL
Faire une wish list de livres peut vous inciter à les lire. J’ai pour ambition, entre autre, de lire la saga complète des Rougon-Macquart ainsi que de lire les classiques de la négritude, de la créolité et de l’antillanité. Pour m’y retrouver, je note tout dans un carnet. Même si ma wish list est énorme, j’aime bien en sélectionner quelques uns et en faire une pile à lire (PAL). Comme j’aime visualiser les choses, je la place sur ma table de nuit. J’avais pour objectif de ne pas acheter de nouveaux livres tant que ma PAL ne serait pas terminée mais autant vous dire que j’ai craqué dès que j’ai mis les pieds dans une librairie.
7. Tenir un carnet de lecture
Depuis quelques années, on assiste au retour en force des carnets en tout genre. Les fans du bullet journal ne diront pas le contraire. Si vous aimez les carnets, tenir un carnet de lecture vous permettra de prendre des notes sur vos lectures, recopier les citations qui vous ont plu, attribuer une note à vos livres ou encore suivre le nombre de livres que vous avez lu dans l’année.
8. Flâner dans les librairies
A la Couvertoirade, en Ecosse, sur une aire d’autoroute, sur les quais de Paris
Rien de mieux pour reprendre goût à la lecture que de flâner dans les jolies librairies de vos villes. Favorisez les libraires indépendants, discutez avec eux. Ces passionnés vous transmettrons aisément leur passion. Si vous habitez Paris, il y a des librairies mythiques comme Présence Africaine, la librairie spécialisée dans la littérature afro-caribéenne ou encore Shakespeare and Co qui était fréquentée par Ernest Emingway. Il y a plein de librairies spécialisées dans de nombreux domaines. N’hésitez pas à aller les découvrir.
9. Se déconnecter
Le Prince, Nicolas Machiavel
On vit dans un monde ultra-connecté dans lequel le téléphone est devenu l’extension de notre bras. Il y a aussi beaucoup de propositions en matière de divertissements télévisuels et toujours une nouvelle série à regarder sur Netflix. Cependant, je vous assure que parfois ça fait vraiment du bien d’éteindre tout ça, surtout quand on a déjà passé une journée de travail/d’étude sur ordinateur. Apprendre à souffler un peu, à prendre le temps de vivre quelques instants loin des écrans est plus que nécessaire. Comme on nous l’avons vu, vous pouvez lire à la place de passer du temps sur vos écrans dans les transports, avant d’aller dormir etc.
10. Echanger avec des bookstagramers ou blogueurs littéraires
Dans mes bras : L’or des îles, Marie-Reine de Jaham ; Une brève histoire du temps, Stephen Hawking ; Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie, Harry Potter and the Chamber of Secrets, J.K. Rowling ; The Great Gatsby, F. Scott Fitzgerald
Enfin, n’hésitez pas à suivre des blogs littéraires ou des comptes bookstagram. Il y a toute une communauté bienveillante de passionnés qui seront ravis d’échanger avec vous sur certains livres. Lire les chroniques de livres qu’on a lu permet aussi d’avoir un autre point de vue que le sien et c’est très enrichissant. Si vous avez un compte bookstagram ou un blog, vous pouvez l’indiquer en commentaire !