Littérature africaine

Jacaranda, Gaël Faye

Tu sais, l’indicible ce n’est pas la violence du génocide, c’est la force des survivants à poursuivre leur existence malgré tout.

page 135

Informations générales

  • Année de parution : 2024
  • Genre : Roman
  • Editeur : Grasset
  • Nombre de pages : 288

Incipit

« Stella s’était précipitée dans le jardin. Elle l’avait vu s’effondrer au sol. Son ami, son enfance, son univers. Les hommes aux machettes étaient sales, luisant de sueur, satisfaits d’eux-mêmes.« 

Résumé

Milan, enfant métissé d’une mère rwandaise et d’un père français, veut percer les mystères de sa famille et surtout les silences de sa mère. Sa quête le conduira au Rwanda où il renouera avec une partie de sa famille, malgré les réticences de sa mère.

En redonnant la parole aux rescapés, c’est le récit du génocide qui se déroule petit à petit. Un passé lourd et douloureux qui affectent les vivants et leurs descendants. Assassins et victimes tentent de cohabiter à l’ombre des jacaranda sur des terres gorgées de sang et de honte.

Avis et analyse 

Lors de mon voyage en Afrique du Sud en 2019, j’avais été saisie par la beauté des arbres majestueux aux fleurs violettes. Je découvris alors qu’on les appelait Jacaranda. J’ai souvent pensé à la beauté paisible de ces grands arbres bordant les routes des résidences huppées, oubliant presque le sang et les larmes versés dans ce pays. 

Le Jacaranda est le symbole de la sagesse et de la renaissance, il n’est donc pas étonnant que Gaël Faye l’ai choisi comme titre pour son dernier livre. Comment renaître après un tel massacre ? Comment un pays peut-il se relever quand une partie de ses habitants s’est transformée en monstre sanguinaire ?

Ce sont les questions qui traversent les pages de Jacaranda. Avec toujours une grande sensibilité dans son écriture, Gaël Faye navigue dans les eaux troubles de la mémoire de son pays.

« Ce pays me troublait, m’effrayait, me répugnait. Partout, il y avait ces visages banals, ces gens normaux, ces hommes et ces femmes ordinaires capables d’atrocités inimaginables et qui étaient parmi nous, autour de nous, avec nous, vivant comme si rien de tout cela n’avait jamais existé.« 

pages 137-138

Déjà, dans Petit Pays, l’auteur nous avait plongé avec justesse au coeur de l’horreur à travers les yeux d’un jeune garçon qui a vu son monde s’effondrer progressivement. Jacaranda n’est pas une suite mais un récit d’un autre point de vue, celui des descendants des rescapés.

Milan est né dans le confort d’un foyer français loin des massacres et des tueries. Pourtant, le silence de sa mère est à bien des égards plus puissant que le souvenir des cris d’agonie. Ce silence a creusé un trou béant dans son enfance, le privant d’une mère aimante pour ne lui offrir que l’ombre d’une mère prisonnière de ses souvenirs.

Sa quête pour comprendre l’histoire de son pays et de ses origines peut apparaître comme une quête pour comprendre la femme qui l’a mis au monde. Briser son silence ne se fera pourtant pas sans éclat et ce qu’il va découvrir aura un impact durable sur sa vie.

Qu’ils aient connu directement le génocide comme Claude et Sartre ou indirectement parce qu’ils sont les enfants des rescapés comme Milan ou Stella, le drame de tout un pays a marqué au fer rouge ses habitants et sa diaspora.

 » – On célèbre quoi, au juste ? J’ai demandé. – Rien ! On fait des stocks de fêtes, au cas où. On rafistole nos foutues jeunesses gaspillées !« 

page 82

Comme dans son précédent ouvrage, la réflexion de Gaël Faye ne se cantonne pas au Rwanda, il pose aussi la question du métissage, des relations mixtes et de la vision de la situation par la France. Cela donne de la profondeur au récit et l’éloigne du pathos qui altère bien souvent les témoignages de guerre.

Si la reconstruction et le pardon semblent impossible au lendemain des massacres, le Rwanda comme le Jacaranda refleurira.

Analyse de l’incipit

L’incipit est une référence directe au génocide. Si Stella n’était pas née à l’époque, ce passage renvoie directement au vécu de sa mère. Cette scène prend tout son sens quand on connaît les secrets du Jacaranda… mais je vous laisse le découvrir en lisant !

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