Interview

Echange littéraire à la médiathèque du Moule

Quand je pense à la littérature caribéenne, je pense à créolité, antillanité, négritude, les sujets propres à l’identité.

Laurence Amodeo

J’ai toujours été fascinée par les médiathèques. On y croise des étudiants qui révisent leurs examens, des personnes âgées en quête de distraction, des parents souhaitant donner à leurs enfants le goût de la lecture. On y trouve tous types de personnes avec pour point commun celui de s’instruire et de se cultiver.

Situées au coeur des villes, les médiathèques sont aussi un lieu d’échanges et de rencontres. C’est pour ces raisons que j’ai voulu en savoir plus sur les activités de la médiathèque du Moule. Vous pouvez consulter leur page Instagram pour constater que l’équipe est très active et qu’elle organise un grand nombre d’évènements littéraires et culturels.

J’ai posé quelques questions à Laurence Amodeo, responsable à la médiathèque du Moule.

Bonjour, pouvez-vous nous présenter les activités de la médiathèque ?

L. A. : Bonjour, la médiathèque est un équipement public de 1500m2 au coeur de la ville qui est en plein renouveau tant sur le fonctionnement (nous sommes en chemin vers un tiers lieu) que sur la modernisation du bâtiment (un espace coworking est prévu). On a débuté avec l’installation d’une maison France Service au rez-de chaussée qui permet à la population de faire ses démarches plus facilement (c’est un public qui vient à notre rencontre et qu’on peut désormais toucher). Nous avons mis en place la micro-folie, en partenariat avec La Villette qui a été installée pour ramener l’art dans les territoires d’Outre Mer et rendre l’art plus accessible. La micro-folie propose un musée numérique, un espace en réalité virtuelle, un learning lab.

Au niveau de la médiathèque, nous sommes un équipement de lecture publique et nous avons pour mission de développer la lecture, de la rendre accessible à la population et de l’accompagner dans l’apprentissage des savoirs, des pratiques, notamment les compétences informatiques. L’idée est d’avoir différents médium pour accompagner les citoyens et leur faire découvrir l’univers du livre.

Quels sont vos actions pour inciter les jeunes à lire ?

L. A. : Nous tenons à mettre en place une offre culturelle en lien avec ce que les jeunes aiment. L’idée est de rendre la littérature accessible et agréable. On a pu mettre en place des ateliers gaming, notamment avec l’association moulienne Les Nakama créole, pour proposer des ateliers jeux vidéos avec des temps de lecture. On a pu offrir des chèques lire aux jeunes qui souhaitaient partager une lecture. Nous proposons aussi des choses en lien avec le mangas, comme des ateliers dessins pour que ce public de dessinateurs découvrent aussi la médiathèque. Nous mettons aussi en place des ateliers créatifs.

L’idée est que le jeune soit habitué dès son plus jeune âge à lire, que le livre soit au coeur de la famille et qu’on puisse, au fil des âges, proposer des thématiques qui les concernent. Le fond adolescent de la médiathèque aborde les questions de genre, de sexualité, le fantastique etc. Nous avons aussi des documentaires qui abordent des questions d’égalité homme/femme, de harcèlement etc.

Pouvez-vous nous présenter trois livres à lire absolument ?

L. A. : Le choix a été difficile entre les nouveautés et les indispensables. J’ai essayé de vous présenter trois livres phares. On a l’Expédition de Stéphane Servant et d’Audrey Spiry, c’est un livre jeunesse avec de très belles illustrations qui a aussi de très beaux textes. L’univers fait penser à un univers créole. Ce livre a été présenté dans le cadre du prix Chronos.

Pour les plus grands, nous avons le livre Cette fille c’était mon frère de Julie Anne Peters qui porte sur la question du genre. C’est une question primordiale qui est parfois taboue et qui est donc importante. On nous demande d’être inclusifs afin que chacun puisse trouver ce qui l’intéresse et le sujet qui peut l’aider dans sa construction.

Pour terminer, nous avons un livre adulte de Simone Schwarz-Bart, Pluie et vent sur Télumée Miracle. C’est une plongée dans la vie guadeloupéenne, dans l’univers des Antilles et des descriptifs qui permettent de revenir à l’ancienne époque.

Quel(le) est l’auteur ou l’autrice incontournable selon votre équipe ?

L. A. : C’est une question vraiment difficile mais j’ai pensé à deux autrices qui font partie des plus demandées. Il y a Maryse Condé qui est incontournable, notamment avec Le coeur à rire et à pleurer.

Je vais surtout mettre l’accent sur Gisèle Pineau dont la section jeunesse porte le nom. Ady, Soleil noir, une de ses dernières oeuvres, est un coup de coeur. C’est une plongée dans le départ de la terre natale et l’expérience à Paris d’une femme noire ainsi que son histoire d’amour avec Man Ray. Nous espérons recevoir Gisèle Pineau à la médiathèque dans le cadre de la Micro-folie puisqu’une conférence autour de l’oeuvre de Man Ray serait très intéressante.

Quel(le) est le nouvel auteur ou la nouvelle autrice à découvrir ?

L.A. : C’est vrai que le choix s’est fait sur beaucoup d’autrices féminines. Ici, nous avons une jeune autrice, Maëllie Duro-Cardonnet, que nous avons pu recevoir lors d’un samedi littéraire, qui est une rencontre littéraire à deux voix avec deux auteurs. Elle a présenté son recueil de poésies, Le temps d’une plume. Cette jeune autrice a treize ans et est lauréate du Prix Littéraire FETKANN ! MARYSE CONDÉ. En ce moment, elle enregistre sur RCI, une émission littéraire qui sera diffusée sur les ondes. Elle a une très belle actualité et est très talentueuse.

Quels sont vos conseils pour lire davantage ?

L. A. : Pour lire plus, il faut mettre le livre au coeur de la maison et des habitudes. Il faut que la lecture débute dès le premier âge, c’est-à-dire qu’enceinte, on peut déjà débuter la lecture à un bébé dans le ventre, l’idée c’est que quand l’enfant nait, il ait des livres. Nous avons un espace bébé lecteur. L’idée c’est d’avoir des livres un peu partout dans la maison quand on peut. Si on ne peut pas les acquérir, la médiathèque est là.

L’idée est aussi de pouvoir découvrir la diversité tant dans la thématique abordée mais aussi dans les formats de livres : des petits, des grands, des livres pop up mais aussi des livres numériques ou des livres audios. Nous avons d’ailleurs un partenariat avec Une voix, une histoire, qui édite des livres du fond local qui ne sont pas toujours disponibles sur Audible. Tout ces formats permettent d’écouter un livre pendant qu’on conduit ou qu’on fait le ménage ou juste avant de dormir.

Avec la médiathèque numérique mise en place par le département, l’ensemble des médiathèques de la Guadeloupe, chaque abonné a accès à un portail de ressources en lignes, de livres numériques, de magasines, de livres audios et de musiques. Tout cela contribue à faciliter la lecture.

L’idée est aussi d’être décomplexé par rapport au fait de commencer un livres et de ne pas l’achever. On a la liberté de lire ce que l’on veut, des BD, des romans et d’aller à la rencontre de temps de partage sur la lecture sur les réseaux sociaux ou dans les clubs littéraires.

Quel est l’apport de la littérature caribéenne ?

L. A. : Quand je pense à la littérature caribéenne, je pense à créolité, antillanité, négritude, les sujets propres à l’identité. Mais c’est aussi une littérature qui met du rythme avec l’oralité qui se retrouve à l’écrit. On a une littérature qui nous permet de se retrouver, de retrouver nos us et coutumes, nos Mès é labitid, qui parfois n’étaient pas écrits mais toujours transmis à l’oral. Nous avons cette écriture qui permet la transmission, la découverte mais aussi une écriture qui est consciente et engagée et qui parle de sujets de fond comme le chlordécone ou l’esclavage. Ce sont des sujets très importants propres à notre vie quotidienne. C’est une littérature vraiment riche, rythmée, engagée et consciente.

Je pense à Victoire, les saveurs et les mots de Maryse Condé où on plonge dans les marchés et le monde culinaire. Quand on pense à littérature caribéenne, on pense aussi à L’esclavage racontée à ma fille de Christiane Taubira, qui est un sujet important sur la transmission. On pense aussi à Lapo Farine de Tony Delsham.

C’est toute cette littérature qui permet de grandir et de se connaître aussi, de partager et d’évoluer. Nous avons des textes comme Le Jour où les Antilles feront peuple de Matthieu Gama, qui nous permettent de s’engager et d’apporter une réflexion sur notre devenir.

Pour terminer, pouvez-vous nous présenter une citation d’un auteur/d’une autrice ou d’un livre ?

L. A. : Je reviendrais au recueil de Maëllie Duro-Cardonnet, Le temps d’une plume, avec un extrait du dernier poème qui s’intitule Par l’écriture :

« Pour m’exprimer, les mots je fais couler, les phrases, je fais vibrer, les textes, je fais danser, pour qu’on m’écoute toujours.« 

Interview

Interview de Valérie Rodney, auteure du livre « Pawol pou makrel »

Dans notre lutte de reconnaissance, malgré l’Histoire tragique (qu’il ne faut pas oublier) et la ségrégation raciale, il y a eu l’Amour entre nous (tamouls, nègres, chinois etc) face à la misère des champs de canne. 

PAWOL POU MAKREL, PAGE 118

Yékrik ! Yékrak ! Si vous reconnaissez ces expressions alors vous êtes surement un enfant des îles et vous avez déjà eu l’occasion de plonger dans le monde mystérieux des légendes antillaises.

Pour ma part, la venue du conteur à l’école primaire était toujours un évènement ! Les histoires de compè lapin prenaient vie au rythme du ka et la voix envoutante du conteur nous transportait dans un autre univers. Aujourd’hui encore, les histoires de dorlis et de soukougnan me font frissonner et j’évite toujours soigneusement les quimbois au milieu des quatre chemins ! 

Si vous n’avez rien compris au paragraphe précédent, essayez de vous remémorer les légendes de votre lieu de naissance. Peut-être que le croque-mitaine a traumatisé une partie de votre enfance ou alors était-ce un loup-garou ou encore la sorcière de la rue Mouffetard ? Ces croyances font partie intégrante du folklore d’un pays. Il en existe partout dans le monde, que ce soit le monstre du Loch Ness en Ecosse ou encore les leprechauns en Irlande. 

Le folklore antillais est extrêmement riche car il mélange diverses croyances et est le fruit d’un  véritable métissage culturel. Le poids de l’histoire n’est jamais loin et les croyances ont été un formidable outils de résilience des peuples. Plus encore que de simples contes, ces croyances font partie intégrante de la société antillaise. C’est l’âme de nos ancêtres qui continue à vivre à travers elles. 

Bien que le magico-religieux tend à reculer devant l’évangélisation et la rationalisation des sociétés antillaises, des personnes comme Valérie Rodney se battent pour continuer à faire vivre notre héritage. 

A travers son recueil, elle nous propose des contes inspirés des légendes de nos îles. L’écriture de l’auteure est savoureuse ! Le mélange du créole et du français est parfaitement maitrisé. On retrouve un véritable phrasé créole mêlant des descriptions très imagées à un ton très enjoué. 

Afin d’en savoir plus sur cette auteure talentueuse, je vous propose de découvrir l’interview qu’elle m’a gentiment accordée. 

Bonjour, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis Valérie une martiniquaise qui adore la littérature antillaise et africaine. A travers mon site et page instagram je partage mes recherches sur notre riche culture antillaise.

Qu’est-ce qui t’a donné envie d’écrire ?

Ce sont les œuvres de Raphaël Confiant et de Patrick Chamoiseau qui m’ont donnée envie d’écrire. Particulièrement La Jarre d’or de Confiant et Solibo Magnifique de Chamoiseau. J’ai enfin trouvé une manière d’écrire qui me correspondait et qui me permettait d’exprimer librement ma vision de notre société antillaise.

Où trouves-tu l’inspiration pour tes contes ? Sont-ils inspirés d’histoires réelles ?

Je trouve mon inspiration au fil de mes lectures dont les récits se déroulent dans les îles. Puis je mélange avec des milans de ma jeunesse. Et pour finir je rajoute ma touche personnelle de vagabonnagerie. En effet j’aime le bordel qui animent si bien nos commérages. 

Je peux prendre la trame d’une histoire personnelle d’un membre de mon entourage pour mélanger avec une idée de sorcellerie. On peut dire que je réinterprète sa vie selon ma vision du magico-religieux.

Selon toi, comment pousser la jeunesse antillaise à s’intéresser davantage à son héritage magico-religieux ?

Il faut tout d’abord se réapproprier son Histoire, pas celle dans les livres scolaires. Mettre de côté nos préjugés sur le vaudou, quimbois, médecine traditionnelle en lisant des livres écrits par des anthropologues et historiens. Puis petit à petit déconstruire sa vision négative sur cet aspect de notre culture. Bien évidemment en n’étant pas crédule à tout !

Pour ma part, je trouve que les contes sont un bon compromis pour amorcer la déconstruction.

Quels sont tes autres projets littéraires ?

Depuis que j’ai écrit Pawol pou makrel, je ne m’arrête plus. Mon objectif est d’être aussi créative que Raphaël Confiant. Du coup, j’ai écrit plein de contes pour faire la suite de Pawol pou makrel. 

Je me suis lancée également dans l’écriture de plusieurs romans. Mais j’espère qu’un jour je pourrais écrire un petit livre en créole.

Où peut-on trouver ton livre ?

On peut le trouver à la librairie Presence Kreol à Fort de France ou à la libraire Calypso à Paris. Vous pouvez également le commander sur mon site lafleurcurieuse.fr (livraison France et Dom-ton) et sur le site thebookedition.com (livraison internationale).

Maintenant que vous en savez plus sur l’auteure, je vous invite à plonger sans plus tarder dans l’univers des mythes et légendes antillais ! 

Interview

Interview de Matthieu Gama, auteur de l’essai « Le jour où les Antilles feront peuple »

Nos rêves sont l’étincelle de vitalité qui allume le feu de nos ambitions. 

Matthieu GAMA

Aujourd’hui je vais vous parler d’un petit essai contenant de grands projets. Ne vous fiez pas à sa petite taille, parfois il suffit de quelques pages pour faire évoluer notre vision des choses. A travers son ouvrage, Matthieu Gama nous livre sa vision et l’ambition qu’il nourrit pour son peuple. 

Avec simplicité et finesse, il nous explique l’histoire des Antilles et les traumatismes qui en découlent. Les thèses exposées par Fanon, Césaire ou encore Cheikh Anta Diop y sont analysées et intelligemment utilisées pour expliquer les problématiques qui sévissent aux Antilles et qui empêchent ses ressortissants d’être un véritable peuple. 

En effet, c’est bien la question de savoir ce qui constitue un peuple qui est au coeur de l’ouvrage. Cette question est d’autant plus importante en ce qui concerne les Antillais, peuple déraciné au passé complexe. 

L’auteur nous explique également les raisons pour lesquels les Antillais ont tant de mal à faire preuve de solidarité à travers les traumatismes de l’esclavage. De la séparation des familles dans différentes plantations à la peur des colons d’une union des esclaves qui leur serait fatale, les causes de division sont nombreuses.  

Au fond toutes ces interrogations peuvent se résumer aux questions : qui sommes nous ? Avons-nous un projet commun ? Où allons-nous ? 

Une fois l’histoire et le contexte sociologique et psychologique analysés et la problématique posée, l’auteur exhorte les siens à dépasser leurs blessures pour aller vers la résilience collective. 

J’ai été très sensible aux idées développées comme celle de la création d’écoles caribéennes dont l’enseignement correspondrait mieux à l’histoire et à la géographie de la région ou encore la plus grande implication des Antilles françaises dans les organisations régionales caribéennes. 

Comme le dit si bien Matthieu Gama dans son essai : 

« Il nous faut sortir de la logique victimaire pour avancer en plein lumière vers ce que nous souhaitons devenir collectivement ». 

page 164 (ebook)

J’ai énormément de choses à dire sur ce livre mais je ne veux pas vous spoiler donc je vais laisser la parole ou plutôt la plume à l’auteur qui a gentiment accepté de répondre à quelques questions ! 

Peux-tu te présenter en quelques lignes et nous parler de l’Usine à rêves ? 

Matthieu GAMA : Je suis un Rêveur ! D’aussi longtemps que je m’en souvienne, j’ai toujours voulu entreprendre des projets qui n’étaient pas en adéquation avec mon âge : en CM1, en Guadeloupe, j’ai entraîné tous mes camarades de classe dans une représentation théâtrale d’Haiti Chérie de Maryse Condé. Et guess what ? We did it ! On l’a joué deux années de suite au spectacle de fin d’année de l’école ! Pour répondre complètement à ta question, je suis  Huissier de Justice en Martinique, marié et père de trois enfants.

L’usine à Rêves, c’est un rêve concrétisé : c’est une opportunité que j’ai su exploiter. Je t’explique : face au climat anxiogène de la société, j’ai voulu créer un espace de co-création et de reappropriation de notre capacité universelle à se projeter dans un avenir meilleur. J’ai invité des gens sur ce pitch là et cela a eu un succès inattendu. J’ai réussi à réunir des gens qui ne se connaissaient pas autour de cette seule idée de rêver ensemble.

Qu’est-ce qui t’as poussé à écrire cet essai ? 

Matthieu GAMA : C’est l’usine à Rêves qui m’a naturellement emmené à écrire, et à écrire cet essai, je l’explique dans le livre et je ne voudrais pas tout dévoiler !

Quel est le livre dont tu recommandes la lecture ? 

Matthieu GAMA : Je cite tellement d’auteurs dans mon essai qu’il a failli ressembler à une thèse ! Mais la réflexion sur l’antillanité, la négritude et la créolité est tellement fournie que c’était difficile de ne pas situer ma pensée par rapport à nos illustres auteur.e.s antillais.e.s. Et en même temps, la pensée antillaise est tellement dynamique que l’on ne peut pas l’assigner à résidence dans ces trois seuls concepts littéraires et philosophiques. Donc je recommanderais la lecture de l’ouvrage « discours sur le neo-colonialisme » de Fola Gadet, un auteur guadeloupéen vivant en Martinique, pour lequel j’ai un énorme respect, mais aussi l’ouvrage de l’artiste Murielle Bedot, « Petites histoires d’éducation : décolonisons la transmission ». Je trouve remarquable le courage dont elle fait preuve dans ses écrits. Il y a un surgissement identitaire résilient dans cette nouvelle vague littéraire qui me séduit au plus haut point.

Quel est l’auteur qui t’as le plus marqué ? 

Matthieu GAMA : L’auteur qui m’a le plus marqué ? Difficile de ne pas en citer deux : la première, Maryse Condé, je l’ai rencontrée en 1988, dans ma classe de CM1, et il s’est passé un truc ce jour là, j’avais déjà le goût de la lecture et elle m’a donné le goût de l’écriture. Je ne serais pas ce que je suis aujourd’hui sans cette rencontre fabuleuse

Mais au même titre, je dois citer Ernest Pepin, mon père littéraire qui est le plus grand romancier antillais de tous les temps.  Si vous prenez le temps de lire La darse rouge par exemple, vous verrez de quel talent je parle. J’aimerais beaucoup pouvoir étudier son art pour un jour tenter le défi d’écrire un roman… mais je n’ai pas encore ce talent…

Quels sont tes futurs projets littéraires ? 

Matthieu GAMA : Mes futurs projets ? Oh my God, I’ve got so many ! J’aimerais écrire sur le thème de la femme antillaise à qui on colle une étiquette de poto mitan de la famille sans lui donner l’espace de vivre sa condition de femme, j’aimerais écrire sur le fait que les hommes se sentent rassurés lorsqu’ils vivent auprès d’une femme ronde et voluptueuse, j’aimerais publier un nouvel essai sur les sociétés amérindiennes premières des Antilles. Pour faire tout ca, je t’annonce en exclu mondiale que j’ai créé ma propre maison d’édition : les éditions Kalinas. C’est un nouveau défi personnel, professionnel et entrepreneurial mais j’en ai besoin pour rester en alerte intellectuellement !

Où peut-on trouver ton essai ? 

Matthieu GAMA : Mon essai est publié à compte d’auteur : j’ai tout financé moi-même parce que j’avais besoin de faire cette démarche d’accomplissement personnel et d’affirmation de soi. Ça a été compliqué par moments mais désormais j’ai une maîtrise du processus de création littéraire de la plume jusqu’au lecteur/lectrice. J’ai fait des choix forts en terme de stratégie : j’ai d’abord choisi de mettre mon livre à disposition du lectorat que mon essai intéresse au principal, les populations antillaises et guyanaises qui ont subi la colonisation française. Il est donc dans toutes les bonnes librairies de Guadeloupe et de Martinique mais aussi à Matoury. Il est également à Paris à la Librairie Calypso et bien sûr, je suis un enfant d’internet donc il peut être commandé sur Apple Books en ebook, et sur Amazon au format papier et en ebook.

J’aimerais finir cette interview en exprimant ma gratitude à toutes les personnes qui m’ont consacré de leur temps en me lisant, et en particulier à toi Kelly, qui fait un job formidable pour donner goût à d’autres de lire. Pour écrire, il faut d’abord aimer lire et pour ce que tu partages tous les jours sur tes réseaux, tu as toute ma reconnaissance. #gratitude #lejouroulesantillesferontpeuple

Merci à l’auteur pour ses réponses ! J’espère que cette petite interview vous aura donné envie de découvrir son oeuvre. Continuons à soutenir la création et le talent de nos artistes antillais !

Interview

Interview de J.R. Kevin BOYER, auteur du roman « Aurores éternelles »

La lecture est une source inépuisable de connaissance, de savoir et d’imagination. 

J.R.Kevin BOYER

« Aurores éternelles » est le premier roman de J.R. Kevin BOYER. Il nous plonge dans l’histoire d’Haïti sous le régime des tontons macoutes qui font régner l’ordre par la terreur. On suit l’histoire de Jérémy, âgé de 17 ans, qui, malgré ce contexte, vit dans la plus grande insouciance. 

Toutefois, sa petite vie bien tranquille va être bouleversée par l’arrivée de ses nouveaux voisins. A leur contact, Jérémy va vivre un véritable éveil et se rapprocher d’un peu trop près du pouvoir en place. Poussé dans ses retranchements, il va progressivement ouvrir les yeux sur le monde qui l’entoure et sur la souffrance de son peuple. 

C’est un roman qui m’a beaucoup appris sur une partie de l’histoire d’Haïti et qui m’a donné envie d’en apprendre davantage. Au fur et à mesure, l’insouciance du personnage principal laisse place à une véritable tension et le lecteur retient son souffle en se laissant entraîner dans les mésaventures de Jérémy. L’auteur a l’art de jouer avec le suspens.  

Je vous laisse en apprendre davantage sur cet auteur prometteur avec l’interview qui suit ! 

Bonjour, pouvez-vous vous présenter ?

J.R. Kevin BOYER : Pour ceux qui ne me connaissent pas, je m’appelle J. R. Kevin Boyer, je suis un jeune auteur haïtien d’une trentaine d’années. Je vis dans le sud de la France, près de Marseille, depuis un certain temps déjà. Il faut dire que le climat méditerranéen me sied à merveille ! En dehors de la lecture et l’écriture, j’effectue une thèse en sciences juridiques. 

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ?

J.R. Kevin BOYER : Ayant grandi dans une famille de lecteurs, c’est tout naturellement que j’ai commencé à lire également. J’y ai pris goût jusqu’au moment où j’ai été impressionné par le style d’écriture de certains auteurs (Marguerite Duras, Agatha Christie, Romain Gary, Tonino Benacquista, Dany Laferrière, Jacques Roumain). C’est de là, je pense, que vient principalement mon envie d’écrire. Je voulais faire comme eux. 

Quelles sont vos influences littéraires ? Votre auteur ou livre préféré ? 

J.R. Kevin BOYER : J’ai été, très tôt, captivé par les romans policiers, notamment ceux d’Agatha Christie, de Tonino Benacquista et de Stieg Larsson. Par la suite, j’ai diversifié mes lectures et mes centres d’intérêt. Je suis passé des romans à des ouvrages plus intellectuels. C’est la raison pour laquelle, depuis quelques années, je m’intéresse à certains livres de philosophie (par exemple « Les origines du totalitarisme » d’Hannah Arendt), d’économie (par exemple « Le prix de l’inégalité » de Joseph Stiglitz ou « Haïti 1989 une évolution monétaire mouvementée » de Jean-Claude Boyer), et d’histoire (par exemple « Congo, une histoire » de David Van Reybrouck). 

Je n’ai pas d’auteur préféré, en ce qui concerne le second volet de la question, je suis incapable d’effectuer un classement. J’ai plutôt une série d’auteurs que j’affectionne énormément. Cependant, il y a un ouvrage que je souhaiterais mettre en avant. Il s’agit de « Gouverneurs de la rosée » de Jacques Roumain. Ce roman est un incontournable de la littérature haïtienne. 

Pouvez-vous décrire votre roman en trois mots ? 

J.R. Kevin BOYER : Il m’est souvent très difficile de qualifier mon roman. Je pense que je n’ai pas le recul nécessaire pour le décrire en trois mots. Je préfère par conséquent laisser cette tâche aux lecteurs. 

A quel personnage du roman vous identifiez-vous le plus ? 

J.R. Kevin BOYER : Si je devais m’identifier à un personnage de mon roman, je dirais Christine. Sa façon de penser, son caractère et sa passion pour la lecture correspondent d’avantage à ma personnalité. 

Quelle est la symbolique des personnages principaux ? 

J.R. Kevin BOYER : Jérémy, le personnage principal, représente la jeunesse insouciante, celle qui se désintéresse du monde, de l’actualité et de la politique. Sa rencontre avec ses nouveaux voisins va considérablement impacter son quotidien jusque-là paisible. Ainsi, Eva symbolise d’une certaine façon l’éveil corporel, tandis que son époux, Gilles, symbolise l’éveil intellectuel. 

Quel est votre rapport à Haïti et à la culture caribéenne ? 

J.R. Kevin BOYER : Mon rapport à Haïti et à la culture caribéenne est assez fort, puisque je suis Haïtien. C’est la raison pour laquelle l’intrigue du roman se déroule dans mon pays natal. Au-delà de mon île, je me sens profondément caribéen. Nous avons une énorme richesse littéraire, culturelle, culinaire et historique. Malheureusement, je fais souvent le constat que les Antilles sont soit méconnues par beaucoup de personnes soit réduites à certains préjugés. J’essaie par conséquent, à travers mon roman, de m’impliquer dans la diffusion de la culture caribéenne, de raconter à ma façon une partie de son histoire, et d’inciter les lecteurs à découvrir davantage les Antilles. 

Quel message avez-vous envie de faire passer à vos lecteurs ? 

J.R. Kevin BOYER : Le message le plus important, selon moi, est de continuer à lire. La lecture est une source inépuisable de connaissance, de savoir et d’imagination. Je ne saurais qu’encourager ceux qui lisent et ceux qui voudraient s’y lancer. 

Quels sont vos projets littéraires ? 

J.R. Kevin BOYER : Pour l’instant, je n’ai pas d’autres projets littéraires. Je me concentre essentiellement sur la promotion de mon roman. Lorsque l’inspiration reviendra, je me lancerai sans doute dans l’écriture d’un nouveau roman.

Où peut-on trouver votre roman ? 

J.R. Kevin BOYER : « Aurores éternelles » est disponible à la vente sur le site internet de Nofi Store et dans leurs locaux. Il est également possible de le trouver sur le site d’Amazon. Pour ceux qui souhaiteraient avoir une dédicace, je suis joignable par mail et par les réseaux sociaux. 

Je souhaiterais, pour terminer, remercier Kelly pour son retour de lecture, son initiative et son article publié sur son blog littéraire. Je lui en suis reconnaissant. 

Voilà désormais vous en savez plus sur cet auteur talentueux ! Il y a beaucoup de talents au sein de la Caraïbes et je suis heureuse de vous en faire découvrir sur mon blog et sur mon compte Instagram. N’hésitez pas à découvrir son roman !