On papote ?

Lire pour exister

J’ouvrais un livre et j’entendais le chant du monde.


Minuit dans la ville des songes, René Frégni, page 68

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé lire. Petite, je dévorais les histoires de compères Lapin, les Malheurs de Sophie et plus tard Harry Potter a scellé définitivement mon amour pour la lecture. 

Mes parents ne lisent pas beaucoup mais mon arrière-grand-mère, cette femme adorée qui ne quitte jamais mes pensées, m’a initiée au monde merveilleux des livres. 

Tout comme elle, je ne sors jamais sans un livre, même quand je sais qu’il est peu probable que je lise dans la journée. Tout comme elle, j’ai besoin d’avoir mes livres près de moi. Leur présence me rassure et sans eux je me sens vide. Tout comme elle, je pourrais parler pendant des heures d’un livre que j’ai aimé. Seulement, elle n’est plus là et je ne peux plus, du moins plus avec elle.

« Tu n’es pas vraiment fichu tant qu’il te reste une bonne histoire, et quelqu’un à qui la raconter. »

Novecento : pianiste, Alessandro Baricco, page 21

Ce qu’elle aimait par dessus tout, c’étaient les livres d’histoire. Ce n’est donc pas un hasard si j’aime cette matière. Mon arrière-grand-mère a façonné une grande partie de ce que je suis devenue et je lui serai éternellement reconnaissante pour tout ce qu’elle m’a transmis. 

« Oui, un livre répond à une urgence intérieure. On se met à barbouiller du papier parce qu’on ne peut pas faire autrement. »

Le chemin des estives, Charles Wright, page 298

Ceux qui sont partis ne nous quittent jamais réellement et je la retrouve parfois entre les lignes d’un livre ou lorsque je regarde un documentaire historique. Page par page, je me souviens de son rire, de ses anecdotes et parfois, je sens une brise légère sur mon visage comme une caresse de ma chère mémé pour me dire qu’elle veille sur moi. Un amour aussi fort ne disparaît jamais. 

« Il y a dans la littérature des vérités qu’on ne décèle nulle part ailleurs. »

Le chemin des estives, Charles Wright, page 271

La lecture c’est donc pour moi une affaire de transmission. Transmission des auteurs qui nous lèguent leur âme à travers leurs écrits, transmission d’une arrière-grand-mère à son arrière-petite-fille et désormais transmission d’une mère à sa fille. 

Je n’ai pas attendu bien longtemps avant de partager mon amour de la lecture avec ma fille. À deux ans à peine, elle ne quitte déjà plus les livres. L’histoire du soir est sacrée et sa petite bibliothèque est déjà bien remplie. 

« Ce livre s’adressait à moi. Comme s’adresse toujours à nous tout livre essentiel. »

La plus secrète mémoire des hommes, Mohamed Mbougar Sarr, page 205

La lecture c’est aussi pour moi un repère, une bouée, un roc solide auquel je me suis raccrochée lorsque tout menaçait de s’effondrer. Dans les heures les plus sombres, j’ai toujours pu compter sur les livres, comme des amis fidèles.  

 » Les livres écartent la solitude, l’angoisse, la peur, parfois la barbarie. »

Je me souviens de tous vos rêves, René Frégni, page 48

Aînée de ma famille, il m’arrivait parfois de me sentir seule. Les livres ont alors été de merveilleux compagnons. 

Parfois, ils m’ont aussi isolée lorsque je ne voulais plus rien faire d’autre que de me perdre à travers leurs pages. 

« L’acte de la lecture en lui-même, n’était-ce pas un plaisir plus substantiel que celui de jouer ou de manger par exemple, même lorsqu’on avait grand faim ? » 

La rue Cases-Nègres, Joseph Zobel 

Mais le plus souvent, ils m’ont ouvert l’esprit et donné envie de comprendre les autres et le monde qui m’entoure. J’ai pleuré hier pour le peuple juif en lisant le journal d’Anne Franck, je pleure aujourd’hui pour le peuple palestinien à la lecture de la pièce Tous des oiseaux de Wajdi Mouawad.

« L’art est le seul langage qui se partage à la surface de la terre sans distinction de nationalité ni de race, ces deux fléaux qui interdisent la communication entre les hommes. »

Histoire de la femme cannibale, Maryse Condé, page 196

La lecture c’est un acte politique. J’ai la ferme conviction que certains ouvrages seront dans un futur plus ou moins proche interdits. Alors, je me constitue lentement mais sûrement ma bibliothèque de secours. Fanon, Césaire, Baldwin, Cheikh Anta Diop, Condé, Orwell, Atwood et tant d’autres constituent mon trésor de guerre. Je les lis, je les collectionne, je prend des notes et je les garde précieusement. Au cas où… 

« Le dictateur m’avait jeté à la porte de mon pays. Pour y retourner, je passe par la fenêtre du roman. »

L’énigme du retour, Dany Laferrière, page 153

La lecture c’est enfin un échappatoire. Me perdre dans les mots couchés sur le papier pour échapper aux maux d’un monde enragé. Je ne veux pas ignorer ce qu’il se passe à Gaza, au Congo ou ailleurs… au contraire – rappelez vous de mon trésor de guerre – mais il est aussi bon de quitter un instant la folie du monde pour savourer la beauté d’une plume engagée. 

On papote ?

La littérature à l’ère du numérique

Présentation lors d’une rencontre organisée par l’association haïtienne Li AVÈM.

Les seules créations valables sont celles de l’imaginaire.


Histoire de la femme cannibale, Maryse Condé, page 63


J’ai été invitée par l’association haïtienne LI AVÈM à intervenir lors de leur rentrée sur le thème : « La littérature à l’ère du numérique ». Blogueuse, bookstagrammeuse et récemment booktubeuse, c’est un thème qui me parle particulièrement. On entend souvent dire que la littérature se voit concurrencer par le numérique (jeux vidéo, smarthones, séries etc.) mais qu’en est-il réellement ? 

Ainsi, dans un monde de plus en plus connecté, on peut s’interroger sur la place réelle de la littérature. 

Le numérique, un danger pour la littérature ?

Depuis quelques années, de nouveaux termes sont apparus qui en disent long sur nos modes de consommation. On scroll sur les réseaux sociaux, on swipe sur les applications de rencontres, on binge watch des séries sur les plateformes de streaming. Ces nouveaux termes illustrent une société dans laquelle tout doit aller vite, tout doit être consommé en énorme quantité. Nous sommes dans l’ère de la quantité et non de la qualité. 

« L’acte de la lecture en lui-même, n’était-ce pas un plaisir plus substantiel que celui de jouer ou de manger par exemple, même lorsqu’on avait grand faim ? » 

La rue Cases-Nègres, Joseph Zobel 

Cela a modifié également la manière de créer. Par exemple, la musique est maintenant pensée pour TikTok. Les morceaux sont de plus en plus courts et cherchent avant tout à faire l’objet de challenges sur TikTok. 

Dans une telle société, la littérature semble complètement anachronique. Lire un livre suppose de se poser, loin des écrans et de se plonger dans un ailleurs. De même, l’écriture suppose de prendre du temps pour créer son oeuvre. 

« Je fais partie de ce peuple anonyme des lecteurs. Chacun de nous est assis dans sa chambre, un livre à la main, et nous voyageons dans un immense train qui n’existe pas » 

Minuit dans la ville des songes, René Fregni, page 253

La littérature suppose donc une non-consommation à l’inverse de la surconsommation proposée par le numérique. Entre l’obsolescence programmée des appareils et la multitude de publicités, le numérique incite à toujours consommer plus. Que ce soit entre deux story Instagram après un placement de produit, dans les clips musicaux ou même dans les séries, nous sommes envahis par les appels à la consommation. A l’inverse, impossible d’insérer une publicité entre les pages d’un livre ou sur un carnet d’écriture.  

« Les grandes oeuvres appauvrissent et doivent toujours appauvrir. Elles ôtent de nous le superflu. De leur lecture, on sort toujours dénué : enrichi, mais enrichi par soustraction. »

La plus secrète mémoire des hommes, Mohamed Mbougar Sarr, page 47

Dans ce contexte, les acteurs du monde littéraire ont du se réinventer pour ne pas disparaitre au profit du numérique. 

Le numérique, une opportunité pour la littérature ?

Pour ne pas totalement disparaître, la littérature s’est servie du numérique pour développer de nouveaux outils et de nouveaux modes de communication. 

Concernant les nouveaux outils, les ebooks permettent d’emporter sa bibliothèque partout avec soi. On peut avoir une centaine de livres juste dans sa poche. Je ne suis pas fan des liseuses mais il faut reconnaître que c’est très pratique lorsque l’on voyage. L’autre avantage est que les livres sont souvent moins chers au format numérique. 

Il y a aussi les livres audio qui ont l’avantage d’offrir un accès à la littérature aux personnes mal voyantes. C’est aussi un excellent moyen d’écouter un livre tout en faisant autre chose (le ménage, la conduite, la vaisselle etc.) un peu comme avec les podcasts. A ce sujet, la maison d’édition Une voix Une histoire dont on a parlé avec la médiathèque du Moule, propose des livres audios issus du fond caribéen.

Concernant la communication, les maisons d’édition et les auteurs ont vite compris la puissance des réseaux sociaux. On parle maintenant de Booktok pour le TikTok dédié aux livres, de Bookstagram pour Instagram et de Booktube pour Youtube. Ainsi, selon un article de France Info, en septembre 2022, le #BookTok avait généré 88 milliards de vues, dont 1,6 milliard en France. Cet article cite l’exemple du livre Le chant d’Achille de Madeline Miller sorti en 2015 qui est passé de 15 000 à 180 000 exemplaires vendus après une vidéo virale conseillant cet ouvrage en 2021. 

«  La littérature, comme le crime organisé, a son réseau »

L’énigme du retour, Dany Laferrière, page 30

De plus, selon un rapport du Centre National du Livre datant de 2022, 11% des 7-25 ans disent choisir un livre « après en avoir entendu parler sur les réseaux sociaux ». Ainsi, on observe l’apparition d’influenceurs littéraires. Certains ont même quitté leur emploi pour se consacrer uniquement à la création de contenu. Il existe même des agences d’influence qui se spécialisent dans ce domaine. 

Devant ce succès, certains se félicitent car la littérature est encouragée grâce au numérique. D’autres sont plus sceptiques car cela pose des questions. On a dit plus haut que la littérature entre en contradiction avec la société de consommation mais le chant des sirènes du capitalisme n’est jamais très loin. 

« Le capitalisme passe son temps à nous revendre sous la forme de produits ce qu’il a commencé à détruire. »

Sorcière, la puissance invaincue des femme, Mona Chollet, page 32 

Peut-on faire confiance à l’avis d’un influenceur littéraire s’il est payé ou s’il reçoit des livres gratuitement ? Pour ma part, je ne suis pas rémunérée mais il m’arrive effectivement de recevoir des livres gratuits. Même si je souhaite rester le plus honnête possible, il est vrai que je vais avoir tendance à modérer mon langage pour ne pas blesser l’auteur qui m’a envoyé son livre gratuitement. Je ne vais pas mentir mais mon avis ne sera pas aussi acerbe que si je l’avais acheté directement (et oui car en plus d’être mauvais, ce livre nous aura aussi fait perdre de l’argent). 

De plus, ce sont souvent les mêmes livres qui sont mis en avant, et très souvent des livres Young Adult, ce qui fait du livre un objet à la mode qu’il faut absolument lire pour rester dans la tendance. Il est rare de voir des livres issus de la littérature antillaise en trend sur TikTok par exemple d’où la nécessité de continuer à promouvoir cette littérature.  

«  J’ai toujours pensé que c’était le livre qui franchissait les siècles pour parvenir jusqu’à nous. Jusqu’à ce que je comprenne en voyant cet homme que c’est le lecteur qui fait le déplacement. »

L’énigme du retour, Dany Laferrière, page 31

Donc oui le numérique représente une véritable opportunité pour les acteurs du monde littéraire mais il faut faire attention pour ne pas que la littérature perde son essence. 

L’intelligence artificielle : menace ou renouveau de la littérature ?

Ces dernières années, l’intelligence artificielle (IA) est de plus en plus présente dans tous les domaines, et l’univers littéraire n’y a pas échappé. 

Ainsi, on peut trouver en vente sur la boutique Kindle d’Amazon des livres écrits par ChatGPT. Pour écrire un livre avec l’IA, rien de plus simple : Il suffit de donner des instructions au logiciel et ce dernier peut générer un texte. 

Cela entraîne une concurrence avec de véritables auteurs qui ont parfois du mal à se faire publier. De même, certains auteurs risquent de perdre leur emploi s’ils peuvent être remplacés par un logiciel. Avec l’intelligence artificielle, on peut aussi noter des livres sur des sites pour booster leurs ventes. Ainsi, des centaines de bots pourront mettre de bons avis et de bonnes notes à des livres écrits par chatGPT et ce livre sera mis en avant au détriment de celui écrit par un être humain. 

Pour ces raisons, certains en font un business lucratif. On trouve maintenant des vidéos d’influenceurs qui expliquent comment s’enrichir en utilisant l’intelligence artificielle pour écrire un livre. 

Ainsi, écrire n’est plus un art mais une source de revenus. Les sirènes du capitalisme chantent toujours plus fort. 

Cependant, je suis persuadée que les amoureux de la littérature ne se laisseront pas berner. Aucune IA ne peut remplacer le cri de l’auteur en exil.

«  Le dictateur m’avait jeté à la porte de mon pays. Pour y retourner, je passe par la fenêtre du roman. »

L’énigme du retour, Dany Laferrière, page 153

Aucune IA ne peut faire ressentir la puissance procurée par la lecture d’un bon livre. 

«  J’ai un livre sur ma table de chevet. Parce que je n’ai pas de pistolet. »

Un monstre est là, derrière la porte, Gaëlle Bélem, page 139

« Bien sûr, un livre peut te changer ! Et même changer ta vie. Comme un coup de foudre. Et on ne peut pas savoir quand la rencontre aura lieu. Il faut se méfier des livres, ce sont des génies endormis. »

Petit Pays, Gaël Faye, page 169 

Aucune IA ne peut traduire les tourments qui se jouent dans la tête d’un écrivain. 

«  D’un écrivain et de son oeuvre, on peut au moins savoir ceci : l’un et l’autre marchent ensemble dans le labyrinthe le plus parfait qu’on puisse imaginer, une longue route circulaire, où leur destination se confond avec leur origine : la solitude. »

La plus secrète mémoire des hommes, Mohamed Mbougar Sarr, page 15

« Au commencement est la mélancolie, la mélancolie d’être homme ; l’âme qui saura la regarder jusqu’à son fond et la faire résonner en chacun , cette âme seule sera l’âme d’un artiste – d’un écrivain. » 

La plus secrète mémoire des hommes, Mohamed Mbougar Sarr, page 115

Aucune IA ne peut s’adresser à l’âme des lecteurs. Pour ma part, je vous écrivais ici, ce que représente la lecture pour moi. 

« La plupart des lecteurs se prennent pour des personnages de roman. Ils considèrent leur vie comme une histoire pleine de bruits et de fureurs dont l’écrivain ne peut être que l’humble scribe »

L’énigme du retour, Dany Laferrière, page 24

Ainsi, j’ai envie d’encourager les lecteurs à promouvoir les livres qu’ils aiment, qu’ils soient à la mode ou pas. Continuez de lire avec passion. Aux auteurs, j’ai envie de dire : aucun robot ne pourra remplacer la sensibilité de votre plume. Faites vous confiance et continuez de nous faire rêver. 

« Les romanciers ont peur d’inventer l’invraisemblable, c’est-à-dire le réel. »

Histoire de la femme cannibale, Maryse Condé, page 27

Sources :

https://www.francetvinfo.fr/culture/livres/reportage-tiktok-et-la-litterature-un-beau-roman-une-belle-histoire_5649488.html

https://stellar.io/fr/ressources/marketing-influence-blog/marketing-influence-secteur-edition/

https://centrenationaldulivre.fr/actualites/resultats-de-l-etude-les-jeunes-francais-et-la-lecture

https://www.capital.fr/entreprises-marches/sur-amazon-lexplosion-des-livres-ecrits-par-chatgpt-146095

Interview

Interview de Valérie Rodney, auteure du livre « Pawol pou makrel »

Dans notre lutte de reconnaissance, malgré l’Histoire tragique (qu’il ne faut pas oublier) et la ségrégation raciale, il y a eu l’Amour entre nous (tamouls, nègres, chinois etc) face à la misère des champs de canne. 

PAWOL POU MAKREL, PAGE 118

Yékrik ! Yékrak ! Si vous reconnaissez ces expressions alors vous êtes surement un enfant des îles et vous avez déjà eu l’occasion de plonger dans le monde mystérieux des légendes antillaises.

Pour ma part, la venue du conteur à l’école primaire était toujours un évènement ! Les histoires de compè lapin prenaient vie au rythme du ka et la voix envoutante du conteur nous transportait dans un autre univers. Aujourd’hui encore, les histoires de dorlis et de soukougnan me font frissonner et j’évite toujours soigneusement les quimbois au milieu des quatre chemins ! 

Si vous n’avez rien compris au paragraphe précédent, essayez de vous remémorer les légendes de votre lieu de naissance. Peut-être que le croque-mitaine a traumatisé une partie de votre enfance ou alors était-ce un loup-garou ou encore la sorcière de la rue Mouffetard ? Ces croyances font partie intégrante du folklore d’un pays. Il en existe partout dans le monde, que ce soit le monstre du Loch Ness en Ecosse ou encore les leprechauns en Irlande. 

Le folklore antillais est extrêmement riche car il mélange diverses croyances et est le fruit d’un  véritable métissage culturel. Le poids de l’histoire n’est jamais loin et les croyances ont été un formidable outils de résilience des peuples. Plus encore que de simples contes, ces croyances font partie intégrante de la société antillaise. C’est l’âme de nos ancêtres qui continue à vivre à travers elles. 

Bien que le magico-religieux tend à reculer devant l’évangélisation et la rationalisation des sociétés antillaises, des personnes comme Valérie Rodney se battent pour continuer à faire vivre notre héritage. 

A travers son recueil, elle nous propose des contes inspirés des légendes de nos îles. L’écriture de l’auteure est savoureuse ! Le mélange du créole et du français est parfaitement maitrisé. On retrouve un véritable phrasé créole mêlant des descriptions très imagées à un ton très enjoué. 

Afin d’en savoir plus sur cette auteure talentueuse, je vous propose de découvrir l’interview qu’elle m’a gentiment accordée. 

Bonjour, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis Valérie une martiniquaise qui adore la littérature antillaise et africaine. A travers mon site et page instagram je partage mes recherches sur notre riche culture antillaise.

Qu’est-ce qui t’a donné envie d’écrire ?

Ce sont les œuvres de Raphaël Confiant et de Patrick Chamoiseau qui m’ont donnée envie d’écrire. Particulièrement La Jarre d’or de Confiant et Solibo Magnifique de Chamoiseau. J’ai enfin trouvé une manière d’écrire qui me correspondait et qui me permettait d’exprimer librement ma vision de notre société antillaise.

Où trouves-tu l’inspiration pour tes contes ? Sont-ils inspirés d’histoires réelles ?

Je trouve mon inspiration au fil de mes lectures dont les récits se déroulent dans les îles. Puis je mélange avec des milans de ma jeunesse. Et pour finir je rajoute ma touche personnelle de vagabonnagerie. En effet j’aime le bordel qui animent si bien nos commérages. 

Je peux prendre la trame d’une histoire personnelle d’un membre de mon entourage pour mélanger avec une idée de sorcellerie. On peut dire que je réinterprète sa vie selon ma vision du magico-religieux.

Selon toi, comment pousser la jeunesse antillaise à s’intéresser davantage à son héritage magico-religieux ?

Il faut tout d’abord se réapproprier son Histoire, pas celle dans les livres scolaires. Mettre de côté nos préjugés sur le vaudou, quimbois, médecine traditionnelle en lisant des livres écrits par des anthropologues et historiens. Puis petit à petit déconstruire sa vision négative sur cet aspect de notre culture. Bien évidemment en n’étant pas crédule à tout !

Pour ma part, je trouve que les contes sont un bon compromis pour amorcer la déconstruction.

Quels sont tes autres projets littéraires ?

Depuis que j’ai écrit Pawol pou makrel, je ne m’arrête plus. Mon objectif est d’être aussi créative que Raphaël Confiant. Du coup, j’ai écrit plein de contes pour faire la suite de Pawol pou makrel. 

Je me suis lancée également dans l’écriture de plusieurs romans. Mais j’espère qu’un jour je pourrais écrire un petit livre en créole.

Où peut-on trouver ton livre ?

On peut le trouver à la librairie Presence Kreol à Fort de France ou à la libraire Calypso à Paris. Vous pouvez également le commander sur mon site lafleurcurieuse.fr (livraison France et Dom-ton) et sur le site thebookedition.com (livraison internationale).

Maintenant que vous en savez plus sur l’auteure, je vous invite à plonger sans plus tarder dans l’univers des mythes et légendes antillais ! 

Interview

Interview de Matthieu Gama, auteur de l’essai « Le jour où les Antilles feront peuple »

Nos rêves sont l’étincelle de vitalité qui allume le feu de nos ambitions. 

Matthieu GAMA

Aujourd’hui je vais vous parler d’un petit essai contenant de grands projets. Ne vous fiez pas à sa petite taille, parfois il suffit de quelques pages pour faire évoluer notre vision des choses. A travers son ouvrage, Matthieu Gama nous livre sa vision et l’ambition qu’il nourrit pour son peuple. 

Avec simplicité et finesse, il nous explique l’histoire des Antilles et les traumatismes qui en découlent. Les thèses exposées par Fanon, Césaire ou encore Cheikh Anta Diop y sont analysées et intelligemment utilisées pour expliquer les problématiques qui sévissent aux Antilles et qui empêchent ses ressortissants d’être un véritable peuple. 

En effet, c’est bien la question de savoir ce qui constitue un peuple qui est au coeur de l’ouvrage. Cette question est d’autant plus importante en ce qui concerne les Antillais, peuple déraciné au passé complexe. 

L’auteur nous explique également les raisons pour lesquels les Antillais ont tant de mal à faire preuve de solidarité à travers les traumatismes de l’esclavage. De la séparation des familles dans différentes plantations à la peur des colons d’une union des esclaves qui leur serait fatale, les causes de division sont nombreuses.  

Au fond toutes ces interrogations peuvent se résumer aux questions : qui sommes nous ? Avons-nous un projet commun ? Où allons-nous ? 

Une fois l’histoire et le contexte sociologique et psychologique analysés et la problématique posée, l’auteur exhorte les siens à dépasser leurs blessures pour aller vers la résilience collective. 

J’ai été très sensible aux idées développées comme celle de la création d’écoles caribéennes dont l’enseignement correspondrait mieux à l’histoire et à la géographie de la région ou encore la plus grande implication des Antilles françaises dans les organisations régionales caribéennes. 

Comme le dit si bien Matthieu Gama dans son essai : 

« Il nous faut sortir de la logique victimaire pour avancer en plein lumière vers ce que nous souhaitons devenir collectivement ». 

page 164 (ebook)

J’ai énormément de choses à dire sur ce livre mais je ne veux pas vous spoiler donc je vais laisser la parole ou plutôt la plume à l’auteur qui a gentiment accepté de répondre à quelques questions ! 

Peux-tu te présenter en quelques lignes et nous parler de l’Usine à rêves ? 

Matthieu GAMA : Je suis un Rêveur ! D’aussi longtemps que je m’en souvienne, j’ai toujours voulu entreprendre des projets qui n’étaient pas en adéquation avec mon âge : en CM1, en Guadeloupe, j’ai entraîné tous mes camarades de classe dans une représentation théâtrale d’Haiti Chérie de Maryse Condé. Et guess what ? We did it ! On l’a joué deux années de suite au spectacle de fin d’année de l’école ! Pour répondre complètement à ta question, je suis  Huissier de Justice en Martinique, marié et père de trois enfants.

L’usine à Rêves, c’est un rêve concrétisé : c’est une opportunité que j’ai su exploiter. Je t’explique : face au climat anxiogène de la société, j’ai voulu créer un espace de co-création et de reappropriation de notre capacité universelle à se projeter dans un avenir meilleur. J’ai invité des gens sur ce pitch là et cela a eu un succès inattendu. J’ai réussi à réunir des gens qui ne se connaissaient pas autour de cette seule idée de rêver ensemble.

Qu’est-ce qui t’as poussé à écrire cet essai ? 

Matthieu GAMA : C’est l’usine à Rêves qui m’a naturellement emmené à écrire, et à écrire cet essai, je l’explique dans le livre et je ne voudrais pas tout dévoiler !

Quel est le livre dont tu recommandes la lecture ? 

Matthieu GAMA : Je cite tellement d’auteurs dans mon essai qu’il a failli ressembler à une thèse ! Mais la réflexion sur l’antillanité, la négritude et la créolité est tellement fournie que c’était difficile de ne pas situer ma pensée par rapport à nos illustres auteur.e.s antillais.e.s. Et en même temps, la pensée antillaise est tellement dynamique que l’on ne peut pas l’assigner à résidence dans ces trois seuls concepts littéraires et philosophiques. Donc je recommanderais la lecture de l’ouvrage « discours sur le neo-colonialisme » de Fola Gadet, un auteur guadeloupéen vivant en Martinique, pour lequel j’ai un énorme respect, mais aussi l’ouvrage de l’artiste Murielle Bedot, « Petites histoires d’éducation : décolonisons la transmission ». Je trouve remarquable le courage dont elle fait preuve dans ses écrits. Il y a un surgissement identitaire résilient dans cette nouvelle vague littéraire qui me séduit au plus haut point.

Quel est l’auteur qui t’as le plus marqué ? 

Matthieu GAMA : L’auteur qui m’a le plus marqué ? Difficile de ne pas en citer deux : la première, Maryse Condé, je l’ai rencontrée en 1988, dans ma classe de CM1, et il s’est passé un truc ce jour là, j’avais déjà le goût de la lecture et elle m’a donné le goût de l’écriture. Je ne serais pas ce que je suis aujourd’hui sans cette rencontre fabuleuse

Mais au même titre, je dois citer Ernest Pepin, mon père littéraire qui est le plus grand romancier antillais de tous les temps.  Si vous prenez le temps de lire La darse rouge par exemple, vous verrez de quel talent je parle. J’aimerais beaucoup pouvoir étudier son art pour un jour tenter le défi d’écrire un roman… mais je n’ai pas encore ce talent…

Quels sont tes futurs projets littéraires ? 

Matthieu GAMA : Mes futurs projets ? Oh my God, I’ve got so many ! J’aimerais écrire sur le thème de la femme antillaise à qui on colle une étiquette de poto mitan de la famille sans lui donner l’espace de vivre sa condition de femme, j’aimerais écrire sur le fait que les hommes se sentent rassurés lorsqu’ils vivent auprès d’une femme ronde et voluptueuse, j’aimerais publier un nouvel essai sur les sociétés amérindiennes premières des Antilles. Pour faire tout ca, je t’annonce en exclu mondiale que j’ai créé ma propre maison d’édition : les éditions Kalinas. C’est un nouveau défi personnel, professionnel et entrepreneurial mais j’en ai besoin pour rester en alerte intellectuellement !

Où peut-on trouver ton essai ? 

Matthieu GAMA : Mon essai est publié à compte d’auteur : j’ai tout financé moi-même parce que j’avais besoin de faire cette démarche d’accomplissement personnel et d’affirmation de soi. Ça a été compliqué par moments mais désormais j’ai une maîtrise du processus de création littéraire de la plume jusqu’au lecteur/lectrice. J’ai fait des choix forts en terme de stratégie : j’ai d’abord choisi de mettre mon livre à disposition du lectorat que mon essai intéresse au principal, les populations antillaises et guyanaises qui ont subi la colonisation française. Il est donc dans toutes les bonnes librairies de Guadeloupe et de Martinique mais aussi à Matoury. Il est également à Paris à la Librairie Calypso et bien sûr, je suis un enfant d’internet donc il peut être commandé sur Apple Books en ebook, et sur Amazon au format papier et en ebook.

J’aimerais finir cette interview en exprimant ma gratitude à toutes les personnes qui m’ont consacré de leur temps en me lisant, et en particulier à toi Kelly, qui fait un job formidable pour donner goût à d’autres de lire. Pour écrire, il faut d’abord aimer lire et pour ce que tu partages tous les jours sur tes réseaux, tu as toute ma reconnaissance. #gratitude #lejouroulesantillesferontpeuple

Merci à l’auteur pour ses réponses ! J’espère que cette petite interview vous aura donné envie de découvrir son oeuvre. Continuons à soutenir la création et le talent de nos artistes antillais !

Interview

Interview de J.R. Kevin BOYER, auteur du roman « Aurores éternelles »

La lecture est une source inépuisable de connaissance, de savoir et d’imagination. 

J.R.Kevin BOYER

« Aurores éternelles » est le premier roman de J.R. Kevin BOYER. Il nous plonge dans l’histoire d’Haïti sous le régime des tontons macoutes qui font régner l’ordre par la terreur. On suit l’histoire de Jérémy, âgé de 17 ans, qui, malgré ce contexte, vit dans la plus grande insouciance. 

Toutefois, sa petite vie bien tranquille va être bouleversée par l’arrivée de ses nouveaux voisins. A leur contact, Jérémy va vivre un véritable éveil et se rapprocher d’un peu trop près du pouvoir en place. Poussé dans ses retranchements, il va progressivement ouvrir les yeux sur le monde qui l’entoure et sur la souffrance de son peuple. 

C’est un roman qui m’a beaucoup appris sur une partie de l’histoire d’Haïti et qui m’a donné envie d’en apprendre davantage. Au fur et à mesure, l’insouciance du personnage principal laisse place à une véritable tension et le lecteur retient son souffle en se laissant entraîner dans les mésaventures de Jérémy. L’auteur a l’art de jouer avec le suspens.  

Je vous laisse en apprendre davantage sur cet auteur prometteur avec l’interview qui suit ! 

Bonjour, pouvez-vous vous présenter ?

J.R. Kevin BOYER : Pour ceux qui ne me connaissent pas, je m’appelle J. R. Kevin Boyer, je suis un jeune auteur haïtien d’une trentaine d’années. Je vis dans le sud de la France, près de Marseille, depuis un certain temps déjà. Il faut dire que le climat méditerranéen me sied à merveille ! En dehors de la lecture et l’écriture, j’effectue une thèse en sciences juridiques. 

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ?

J.R. Kevin BOYER : Ayant grandi dans une famille de lecteurs, c’est tout naturellement que j’ai commencé à lire également. J’y ai pris goût jusqu’au moment où j’ai été impressionné par le style d’écriture de certains auteurs (Marguerite Duras, Agatha Christie, Romain Gary, Tonino Benacquista, Dany Laferrière, Jacques Roumain). C’est de là, je pense, que vient principalement mon envie d’écrire. Je voulais faire comme eux. 

Quelles sont vos influences littéraires ? Votre auteur ou livre préféré ? 

J.R. Kevin BOYER : J’ai été, très tôt, captivé par les romans policiers, notamment ceux d’Agatha Christie, de Tonino Benacquista et de Stieg Larsson. Par la suite, j’ai diversifié mes lectures et mes centres d’intérêt. Je suis passé des romans à des ouvrages plus intellectuels. C’est la raison pour laquelle, depuis quelques années, je m’intéresse à certains livres de philosophie (par exemple « Les origines du totalitarisme » d’Hannah Arendt), d’économie (par exemple « Le prix de l’inégalité » de Joseph Stiglitz ou « Haïti 1989 une évolution monétaire mouvementée » de Jean-Claude Boyer), et d’histoire (par exemple « Congo, une histoire » de David Van Reybrouck). 

Je n’ai pas d’auteur préféré, en ce qui concerne le second volet de la question, je suis incapable d’effectuer un classement. J’ai plutôt une série d’auteurs que j’affectionne énormément. Cependant, il y a un ouvrage que je souhaiterais mettre en avant. Il s’agit de « Gouverneurs de la rosée » de Jacques Roumain. Ce roman est un incontournable de la littérature haïtienne. 

Pouvez-vous décrire votre roman en trois mots ? 

J.R. Kevin BOYER : Il m’est souvent très difficile de qualifier mon roman. Je pense que je n’ai pas le recul nécessaire pour le décrire en trois mots. Je préfère par conséquent laisser cette tâche aux lecteurs. 

A quel personnage du roman vous identifiez-vous le plus ? 

J.R. Kevin BOYER : Si je devais m’identifier à un personnage de mon roman, je dirais Christine. Sa façon de penser, son caractère et sa passion pour la lecture correspondent d’avantage à ma personnalité. 

Quelle est la symbolique des personnages principaux ? 

J.R. Kevin BOYER : Jérémy, le personnage principal, représente la jeunesse insouciante, celle qui se désintéresse du monde, de l’actualité et de la politique. Sa rencontre avec ses nouveaux voisins va considérablement impacter son quotidien jusque-là paisible. Ainsi, Eva symbolise d’une certaine façon l’éveil corporel, tandis que son époux, Gilles, symbolise l’éveil intellectuel. 

Quel est votre rapport à Haïti et à la culture caribéenne ? 

J.R. Kevin BOYER : Mon rapport à Haïti et à la culture caribéenne est assez fort, puisque je suis Haïtien. C’est la raison pour laquelle l’intrigue du roman se déroule dans mon pays natal. Au-delà de mon île, je me sens profondément caribéen. Nous avons une énorme richesse littéraire, culturelle, culinaire et historique. Malheureusement, je fais souvent le constat que les Antilles sont soit méconnues par beaucoup de personnes soit réduites à certains préjugés. J’essaie par conséquent, à travers mon roman, de m’impliquer dans la diffusion de la culture caribéenne, de raconter à ma façon une partie de son histoire, et d’inciter les lecteurs à découvrir davantage les Antilles. 

Quel message avez-vous envie de faire passer à vos lecteurs ? 

J.R. Kevin BOYER : Le message le plus important, selon moi, est de continuer à lire. La lecture est une source inépuisable de connaissance, de savoir et d’imagination. Je ne saurais qu’encourager ceux qui lisent et ceux qui voudraient s’y lancer. 

Quels sont vos projets littéraires ? 

J.R. Kevin BOYER : Pour l’instant, je n’ai pas d’autres projets littéraires. Je me concentre essentiellement sur la promotion de mon roman. Lorsque l’inspiration reviendra, je me lancerai sans doute dans l’écriture d’un nouveau roman.

Où peut-on trouver votre roman ? 

J.R. Kevin BOYER : « Aurores éternelles » est disponible à la vente sur le site internet de Nofi Store et dans leurs locaux. Il est également possible de le trouver sur le site d’Amazon. Pour ceux qui souhaiteraient avoir une dédicace, je suis joignable par mail et par les réseaux sociaux. 

Je souhaiterais, pour terminer, remercier Kelly pour son retour de lecture, son initiative et son article publié sur son blog littéraire. Je lui en suis reconnaissant. 

Voilà désormais vous en savez plus sur cet auteur talentueux ! Il y a beaucoup de talents au sein de la Caraïbes et je suis heureuse de vous en faire découvrir sur mon blog et sur mon compte Instagram. N’hésitez pas à découvrir son roman !