Lectures diverses

Harry Potter est-elle une oeuvre problématique ?

It matters not what someone is born, but what they grow to be.

Harry Potter and the goblet of fire, J.K. Rowling, page 614-615
*Ce qui compte, ce n’est pas la naissance mais ce que l’on devient, Harry Potter et la coupe de feu, page 739

Depuis que J.K.Rowling est accusée de transphobie, de nombreuses critiques sont émises sur son oeuvre. Ainsi, certains accusent l’oeuvre de manquer de diversité, ou encore d’être une saga antisémite faisant l’apologie de l’esclavage

Prônant la lutte contre le racisme et toute autre forme de discrimination, ces accusations n’ont pas manqué d’attirer mon attention. 

Cet article ne porte pas sur les propos tenus par l’auteure mais simplement sur les critiques concernant le contenu de son oeuvre. En effet, ces accusations sont suffisamment graves pour qu’on se replonge notre saga d’enfance afin d’y trouver quelques réponses. 

Un manque de diversité ? 

Je commence par un sujet qui me tient à coeur, à savoir la représentativité. Tout d’abord, il convient de faire la différence entre les films et les livres. En effet, si on s’en tient uniquement aux adaptations cinématographiques, la grande majorité des personnages sont effectivement blancs ou même deviennent blancs. Cela fut le cas du personnage de Lavande Brown qui était interprétée par les actrices noires Kathleen Cauley (Harry Potter et la Chambre des secrets) et Jennifer Smith (Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban) avant d’être interprétée par Jessie Cave lorsque le personnage prend de l’importance, ce qui est assez regrettable. En revanche, dans les livres, l’auteure ne précise pas la couleur de peau de Lavande. 

Elle ne se prononce pas non plus sur le personnage d’Hermione même si quelques indices auraient pu nous faire penser qu’il s’agit d’une jeune fille noire (ses cheveux frisés par exemple). C’est d’ailleurs une actrice noire, Noma Dumezweni, qui l’interprète dans la pièce Harry Potter et l’enfant maudit.

A l’exception de ces deux personnages où le doute est permis, la saga contient de nombreux personnages racisés auxquels beaucoup peuvent s’identifier. Loin des clichés, la description de leur caractère est très satisfaisante, d’autant plus que la saga a été écrite dans les années 90 à une époque où la question de la représentativité n’était pas autant d’actualité. 

Il y a par exemple le charismatique Kingsley Shacklebolt, un sorcier très respecté qui deviendra même Ministre de la Magie. A t’on besoin de rappeler qu’à part Barack Obama, aucun homme noir n’a été à la tête d’un pays occidental. Nommer Kingsley Ministre de la Magie et donc à la tête du monde des sorciers britannique est un choix engagé de la part de l’auteure. 

Il y a aussi le courageux et fidèle Dean Thomas qui participa à la bataille de Poudlard ou encore Lee Jordan, membre actif de la résistance notamment avec la radio Potterveille qui lutta contre le régime mis en place par Voldemort. Même s’il n’est pas très sympathique, Blaise Zabini, décrit comme un grand jeune homme noir avec des yeux en amande, a fait rêver pas mal de filles (et de garçons).

Angelina Johnson peut aussi être admirée. Très bonne joueuse de Quidditch, elle devint capitaine de l’équipe de Gryffondor. Elle participa également à la bataille de Poudlard et épousa George Weasley avec qui elle eu deux enfants.

On retrouve aussi les soeurs Patil, très présentes dans les livres, ou encore Cho Chang une fille intelligente et douée en Quidditch (qui, comme tous les personnages, a aussi ses défauts). Si le choix de son nom aurait pu être différent, on ne retrouve pas de clichés racistes dans la description du caractère de son personnage. 

J’en ai déjà parlé ici, mais ce sont les divers personnages qui font la force de la saga Harry Potter. C’est assez appréciable de lire une oeuvre contenant autant de diversité sans être dérangé par quelconque clichés racistes. On aime les personnages pour leur caractère propre, pour leur humour, leur courage, leur loyauté, leur intelligence et ils sont pour beaucoup de lecteurs une source d’inspiration. 

Le cas d’Hermione est intéressant car le fait de ne pas avoir précisé sa couleur de peau tout en lui donnant des caractéristiques qui peuvent être à la fois celles d’une jeune fille blanche ou celle d’une jeune fille noire permet à beaucoup de petites filles de s’identifier à son personnage. 

Enfin, ce n’est pas non plus anodin que l’un des personnages les plus importants de la saga ait été amoureux d’une personne du même sexe. Si la saga n’est pas centrée sur les histoires de coeur de Dumbledore, cela est quand même un acte fort d’en avoir fait un personnage homosexuel. Certains regrettent que cette histoire n’ait pas été abordée plus profondément dans les livres mais il faut rappeler que Harry Potter n’est pas une histoire d’amour mais avant tout une saga héroïque. De plus, la romance entre Dumbledore et Grindelwald est abordée dans les films Les Animaux Fantastiques

Ainsi, vous l’aurez compris, pour moi, et ce n’est que mon avis, les livres ne manquent pas de diversité et j’ai été heureuse lorsque j’étais petite de lire une histoire aussi incroyable avec des personnages qui me ressemblent.

Une saga antisémite ?  

Je dois avouer ne pas avoir tout de suite compris la portée de cette accusation car la religion n’est jamais abordée dans les livres. Cependant, j’ai constaté que certains se sont offusqués en clamant que les Gobelins seraient une caricature antisémite des personnes juives. Les arguments avancés par ceux qui exposent cette théorie reposent sur le fait que les Gobelins ont « le nez crochu » et qu’ils contrôlent les banques et les finances du monde des sorciers. 

Alors, comment vous dire que je n’avais jamais fait un tel rapprochement. J’ai plutôt l’impression que c’est la comparaison faite par ceux qui formulent de telles accusations qui est antisémite. A quel moment peut-on faire un rapprochement entre des gobelins, créatures non humaines, et des êtres humains de confession juive ?D’autant plus que le fil conducteur de la saga peut-être comparée à la lutte contre le régime nazi. 

Tout d’abord, Voldemort présente des similitudes importantes avec Adolf Hitler. Il est obsédé par la pureté du sang des sorciers alors que lui-même est un sang mêlé, tout comme Hitler était obsédé par la race aryenne alors même qu’il aurait eu des origines juives. De plus, Voldemort n’est autre que le descendant de Salazar Serpentard dont les initiales renvoient au tristement célèbre corps des SS formé par Hitler. 

Ensuite, la prise de pouvoir de Voldemort s’accompagne de la mise en place d’un régime autoritaire proche du régime nazi. En effet, ce régime repose sur la supériorité d’une catégorie de personne, les sorciers au sang-pur, par rapport aux sorciers nés-moldus. On retrouve donc la notion de supériorité de la race revendiquée par le nazisme. 

Même si les prérogatives du Ministère de la Magie ont toujours été un peu floues au long de la saga (intervention du Ministère dans l’administration de Poudlard avec Dolores Ombrage et contrôle de la presse notamment de la Gazette du Sorcier), le pouvoir de ce dernier devient sans limite sous le règne de Voldemort. 

Les moldus, tout comme le furent les juifs et autres minorités sous le régime nazi, sont la cible du pouvoir en place. Une propagande anti-moldus est instaurée avec par exemple la brochure intitulée « Les Sang-de-Bourbe et les dangers qu’ils représentent pour une société de Sang-Pur désireux de vivre en paix ». Objet d’une véritable persécution, ils sont expulsés de Poudlard, accusés de voler le pouvoir des sorciers et forcés de prendre la fuite. 

De même, la « Commission d’enregistrement des né-moldus » dirigée par Ombrage ne manque pas de rappeler le fichage des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Après un interrogatoire, les sorciers nés-moldus sont privés de leur baguette et envoyés à Azkaban. 

Il y a aussi les raffleurs, sorciers chargés de traquer et de capturer les moldus, qui font penser aux kapos. Ces derniers étaient recrutés parmi les prisonniers de droit commun les plus violents pour encadrer les prisonniers des camps de concentration nazis. 

On peut aussi citer le symbole de la marque des ténèbres, emblème du régime de Voldemort comme la croix gammée était celle du régime d’Hitler. De même, la statue qui remplace la Fontaine de la Fraternité Magique au Ministère de la Magie, représente bien l’esprit de ce régime totalitaire. Nommée La Magie est Puissance, elle représente en effet un couple de sorcier à l’air hautain assis sur un trône fait de corps de Moldus. 

Source : Pottermore

Enfin, face à ce régime, une véritable résistance se met en place avec pour héros le personnage d’Harry Potter. On trouve encore des similitudes avec la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, un des moyens de communication des résistants est la radio et notamment la radio Potterveille qui peut faire penser à la célèbre Radio Londres. Tout comme les résistants au régime Nazi, les ennemis de Voldemort se regroupent dans des organisations comme L’Armée de Dumbledore ou L’Ordre du Phénix

Pourquoi l’auteure aurait dénoncé un tel régime dans son oeuvre si elle voulait propager une idéologie antisémite ? Cela n’a tout simplement aucun sens. 

Une apologie de l’esclavage ? 

Enfin, terminons avec l’accusation d’apologie de l’esclavage. En effet, certains remettent en cause l’attitude des elfes de maison qui semblent plutôt bien s’accommoder de leur sort. Il est vrai que ces derniers ne semblent pas vouloir se rebeller et que Dobby fait figure d’exception. La présentation qui est faite dans les livres de ces esclaves qui, pour certains, aiment leur statut comme l’elfe Winky peut tout à fait choquer.

Cependant, encore une fois, il y a une véritable critique dans les livres. Ainsi, la cruauté de la famille Malefoy envers Dobby se retourne contre elle puisque Dobby est celui qui sauve Harry de leur manoir. De même, le combat mené par Hermione est à saluer. Avec son association « la Société d’Aide à la Libération des Elfes« , elle s’est battue pour éveiller les consciences sur le sort des elfes de maison.

Il n’y a donc pas d’apologie de l’esclavage mais bien une dénonciation de la privation de liberté de certains êtres. Aucun lien ne peut être fait ici avec la traite négrière car les conditions sont bien différentes : il n’y pas eu de rapt et de déportation et les elfes ne se sont pas rebellés pour leur liberté comme l’on fait les esclaves. J.K.Rowling montre que le statut des elfes est inacceptable et doit être remis en cause. Dans une société qui semble peu soucieuse de leur sort, elle fait intervenir Hermione, elle-même victime de la discrimination anti-moldus, pour changer les mentalités.

En conclusion, on peut ne pas être d’accord avec les propos que l’auteure a tenu sans pour autant chercher à discréditer son oeuvre. Chacun a son opinion sur la fameuse question de savoir s’il faut séparer l’oeuvre de l’auteur mais on ne peut nier que la saga Harry Potter prône des valeurs dans lesquelles un grand nombre de personnes peuvent se reconnaître. Les valeurs de Poudlard sont la tolérance, le courage, l’amitié, l’amour et l’acceptation. C’est la raison du succès international de la saga. Chacun peut se sentir le bienvenu dans cet univers.

Que les propos de J.K.Rowling aient choqué est un fait, cependant, l’univers qu’elle a créé est en dehors de la polémique. Il faut sans cesse dénoncer le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie et toute forme de discrimination mais il ne faut pas banaliser ou ridiculiser ces luttes en attaquant une oeuvre à tort.

Littérature caribéenne

Gouverneur de la rosée, Jacques Roumain

Toutes ces années passées, j’étais comme une souche arrachée, dans le courant de la grand’rivière ; j’ai dérivé dans les pays étrangers ; j’ai vu la misère face à face ; je me suis débattu avec l’existence jusqu’à retrouver le chemin de ma terre et c’est pour toujours.

Page 33

Informations générales

  • Année de parution : 1944
  • Genre : Roman haïtien
  • Nombre de pages : 216

Résumé 

De retour à Haïti après avoir travaillé pendant 15 ans dans les champs de cannes à sucre à Cuba, Manuel retrouve son monde rongé par la misère. La sécheresse a plongé les habitants dans le désespoir et les querelles les a totalement divisés. Irréconciliables, chaque camp avance d’un pas résigné vers une mort lente.

Manuel voit cependant les choses autrement. Il sait que la découverte de l’eau sera la solution à tous les problèmes qui s’abattent sur son village. Entêté et déterminé, il fera tout pour atteindre ses objectifs : réconcilier les habitants et les sortir de la misère. Porté par l’amour qu’il partage avec Annaïse, rien ne semble pouvoir l’arrêter mais la jalousie de certains pourrait bien avoir de terribles conséquences. 

Avis et analyse

Il y a des livres qui nous marquent à jamais et celui-ci en fait indéniablement partie ! Ce livre est un véritable chef d’oeuvre. Ce n’est pas seulement un chef d’œuvre de la littérature haïtienne, c’est un chef d’oeuvre tout court. La Caraïbe a du talent, je ne cesse de le répéter et ce livre en est l’illustration. Pour vous donner envie de découvrir cette petite merveille, je partage donc avec vous les trois choses que j’ai le plus aimées dans ce roman. (J’évite volontairement certains détails pour éviter de spolier ceux qui ne l’ont pas encore lu). 

Un style d’écriture unique  

Vous le savez si vous avez lu mon article sur l’essai Why I’m no longer talking to white people about race, j’accorde une certaine importance aux titres des ouvrages. J’avoue donc avoir été séduite dès le début par le titre « Gouverneur de la rosée », que je trouve très poétique, à l’image d’ailleurs du contenu de cet ouvrage. J’ai en effet découvert l’écriture merveilleuse de l’auteur. Elle coule en nous pour directement nous toucher en plein coeur. Chaque phrase est un nouveau délice. Lentement, on plonge dans ce style d’écriture unique et on se laisse porter par la mélodie des mots de l’auteur. 

« Un arbre, c’est fait pour vivre en paix dans la couleur du jour et l’amitié du soleil, du vent, de la pluie. Ses racines s’enfoncent dans la fermentation grasse de la terre, aspirant les sucs élémentaires, les jus fortifiants. Il semble toujours perdu dans un grand rêve tranquille. L’obscure montée de la sève le fait gémir dans les chaudes après-midi. C’est un rêve vivant qui connait la course des nuages et pressent les orages, parce qu’il est plein de nids d’oiseaux. » 

page 14

Dans certains livres, les descriptions peuvent ennuyer car trop longues ou trop imprécises. Ici c’est tout l’inverse. La description a une place centrale car les paysages haïtiens, les champs, la nature, l’eau et le ciel deviennent des personnages à part entière. 

« Le soleil raclait le dos écorché du morne avec des ongles étincelants ; la terre haletait par sa baraque altérée, et le pays enfourné dans la sécheresse se mettait à chauffer. » 

page 51

Cette humanisation des paysages permet de comprendre l’amour que porte Manuel à son pays.

« Si l’on est d’un pays, si l’on y est né, comme qui dirait : natif, natal, eh bien, on l’a dans les yeux, la peau, les mains, avec la chevelure de ses arbres, la chair de sa terre, les os de ses pierres, le sang de ses rivières, son ciel, sa saveur, ses hommes et ses femmes : c’est une présence, dans le coeur, ineffaçable, comme une fille qu’on aime : on connaît la source de son regard, le fruit de sa bouche, les collines de ses seins, ses mains qui se défendent et se rendent, ses genoux sans mystères, sa force et sa faiblesse, sa voix et son silence. » 

page 23

En plus de cette personnification de la nature haïtienne, un élément a une place centrale dans le récit. Il s’agit de l’eau. En effet, l’auteur utilise un vocabulaire et des images relatifs à cet élément tout au long du récit. Ainsi par exemple, dans l’extrait suivant, la référence à l’eau est utilisée pour décrire les sentiments naissants d’Annaïse pour Manuel. 

« Et je ne suis plus la même, qu’est-ce qui m’arrive, c’est une douceur qui fait presque mal, c’est une chaleur qui brûle comme la glace, je cède, je m’en vais ; ô Maître de l’eau, il n’y a pas de mauvaise magie en toi, mais tu connais toutes les sources, même celle qui dormait dans le secret de la honte, tu l’as réveillée et elle m’emporte, je ne peux résister, adieu, me voici. Tu prendras ma main et je te suivrai, tu prendras mon corps dans tes bras et je te dirai : prends-moi, et je ferai ton plaisir et ta volonté, c’est la destinée. »

page 92

Une histoire d’amour magnifique

L’histoire d’amour entre Manuel et Annaïse est à la fois universelle et unique, comme toutes les histoires d’amour me direz-vous. Tout d’abord, parce que leur amour apparaît comme une évidence, malgré son impossibilité apparente. Manuel est déterminé, il sait ce qu’il veut et Annaïse comprend aussi très vite qu’elle veut être sa femme. Peu importe les obstacles, peu importe la misère, peu importe la guerre qui sépare leur famille, ils s’aiment et n’ont pas peur de faire de grands projets ensemble. C’est dans la misère que naît leur amour et c’est la quête de l’eau qui célèbrera leur union. La volonté de réconcilier leur camp respectif sera le socle de leur couple. 

Ensuite, et c’est un point qui n’est pas négligeable, les deux héros sont noirs. C’est important de le souligner dans un monde où les peaux noires sont rarement mises en valeur. Mes lecteurs issus de la Caraïbe connaissent bien les problématiques liées au colorisme. Lire cette histoire si belle est une véritable ode à l’amour et met en lumière la beauté des hommes et femmes noires.  

Outre cette histoire d’amour digne des Capulet et des Montaigu, l’amour est présent partout dans le récit. Ainsi, la relation qui unit les parents de Manuel est aussi très touchante. Malgré toutes les épreuves traversées, Bienaimé et Délira restent unis par l’amour et le respect qu’ils se portent l’un à l’autre. Il y a aussi de belles histoires d’amitié et une grande entraide entre les habitants.

Même si l’amour a une place centrale dans son oeuvre, Jacques Roumain dépeint également le pire de l’espèce humaine, à savoir la jalousie à travers le personnage de Gervilien, et l’avidité et la corruption à travers Hilarion et sa femme. Je n’en dis pas plus et je vous laisse découvrir à quoi cela mènera.

Des liens puissants avec l’Afrique

Vous le savez, les caribéens sont en partie descendants de divers peuples africains et portent en eux, sans même parfois s’en rendre l’héritage de leurs ancêtres. Cet héritage est célébré par l’auteur qui a jalonné son récit de références à la terre mère. Les habitants rendent ainsi hommage aux « vieux de Guinée » à travers leurs prières et les cérémonies vaudous. 

A l’occasion de ces dernières, le houngan, prêtre vaudou, n’hésite pas à faire appel à diverses divinités afro-haïtiennes comme Papa Loko, Maître Agoué ou encore Papa Legba pour venir en aide aux habitants.

« Moi Legba, je suis le maître de ce carrefour. Je ferai prendre la bonne route à mes enfants créoles. Ils sortiront du chemin de la misère. »

page 61

Cela montre que ces enfants créoles, bien qu’arrachés à leur terre dans un passé lointain, n’ont pas oublié d’où ils venaient. 

« La vie, c’est la vie : tu as beau prendre des chemins de traverse, faire un long détour, la vie c’est un retour continuel. Les morts, dit-on, s’en reviennent en Guinée et même la mort n’est qu’un autre nom pour la vie. » 

page 32

Bien souvent, partout où ils sont, les afro-descendants tentent de survivre mais connaissent la misère et la discrimination. Face à la sècheresse de leurs terres haïtiennes, certains sont tentés de partir. Cependant, Manuel les avertit : certes il y a peut être du travail ailleurs comme à Cuba mais ils ne seront pas libres. Ils seront traités comme des chiens. Au moins, sur leur terre, même si la vie est dure, ils sont véritablement chez eux. 

« Je suis ça : cette terre-là, et je l’ai dans le sang. Regarde ma couleur : on dirait que la terre a déteint sur moi et sur toi aussi. Ce pays est le partage des hommes noirs et toutes les fois qu’on a essayé de nous l’enlever, nous avons sarclé l’injustice à coup de machette. » 

page 70

Cela met en lumière la place particulière d’Haïti dans le monde. Souvent dépeinte comme une terre de misère, il ne faut pas oublier que ce fut la première république noire libre du monde et qu’elle vu naître sur ses terres de nombreux grand(e)s hommes et femmes. C’est pourquoi, à travers le personnage de Manuel, l’auteur en profite pour faire un appel à l’union.  

« Nous ne savons pas encore que nous sommes une force, une seule force : tous les habitants, tous les nègres des plaines et des mornes réunis. Un jour, quand nous aurons compris cette vérité, nous nous lèverons d’un point à l’autre du pays et nous ferons l’assemblée générale des gouverneurs de la rosée, le grand coumbite des travailleurs de la terre pour défricher la misère et planter la vie nouvelle. »

page 71

Je recommande vivement ce livre qui, en plus d’être l’une des plus belles histoires d’amour que j’ai lue, permet de célébrer la force d’Haïti et la capacité de résilience de ses habitants, qui toujours, renaissent de leurs cendres. 

L’auteur

Portrait de Jacques Roumain

Jacques Roumain (1907-1944) est un écrivain et homme politique haïtien. Il étudia à Port-au-Prince, en Belgique, en Suisse, en Allemagne ainsi qu’au Royaume-Uni et en Espagne. 

Plus tard, il fonda La Revue Indigène avec Philippe Thoby-Marcelin, Carl Brouard, Antonio Vieux et Emile Roumer et y publia des poèmes et des nouvelles. 

En plus de ses activités littéraires, il entretenait des liens particuliers avec la politique. En effet, son grand-père, Tancrède Auguste était un ancien président d’Haïti (1912-1913). Opposé à l’occupation américaine d’Haïti, Jacques Roumain fut le fondateur du mouvement ouvrier et communiste haïtien. 

De nos jours, son oeuvre influence encore les cultures haïtienne et africaines. 

Interview

Interview de J.R. Kevin BOYER, auteur du roman « Aurores éternelles »

La lecture est une source inépuisable de connaissance, de savoir et d’imagination. 

J.R.Kevin BOYER

« Aurores éternelles » est le premier roman de J.R. Kevin BOYER. Il nous plonge dans l’histoire d’Haïti sous le régime des tontons macoutes qui font régner l’ordre par la terreur. On suit l’histoire de Jérémy, âgé de 17 ans, qui, malgré ce contexte, vit dans la plus grande insouciance. 

Toutefois, sa petite vie bien tranquille va être bouleversée par l’arrivée de ses nouveaux voisins. A leur contact, Jérémy va vivre un véritable éveil et se rapprocher d’un peu trop près du pouvoir en place. Poussé dans ses retranchements, il va progressivement ouvrir les yeux sur le monde qui l’entoure et sur la souffrance de son peuple. 

C’est un roman qui m’a beaucoup appris sur une partie de l’histoire d’Haïti et qui m’a donné envie d’en apprendre davantage. Au fur et à mesure, l’insouciance du personnage principal laisse place à une véritable tension et le lecteur retient son souffle en se laissant entraîner dans les mésaventures de Jérémy. L’auteur a l’art de jouer avec le suspens.  

Je vous laisse en apprendre davantage sur cet auteur prometteur avec l’interview qui suit ! 

Bonjour, pouvez-vous vous présenter ?

J.R. Kevin BOYER : Pour ceux qui ne me connaissent pas, je m’appelle J. R. Kevin Boyer, je suis un jeune auteur haïtien d’une trentaine d’années. Je vis dans le sud de la France, près de Marseille, depuis un certain temps déjà. Il faut dire que le climat méditerranéen me sied à merveille ! En dehors de la lecture et l’écriture, j’effectue une thèse en sciences juridiques. 

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ?

J.R. Kevin BOYER : Ayant grandi dans une famille de lecteurs, c’est tout naturellement que j’ai commencé à lire également. J’y ai pris goût jusqu’au moment où j’ai été impressionné par le style d’écriture de certains auteurs (Marguerite Duras, Agatha Christie, Romain Gary, Tonino Benacquista, Dany Laferrière, Jacques Roumain). C’est de là, je pense, que vient principalement mon envie d’écrire. Je voulais faire comme eux. 

Quelles sont vos influences littéraires ? Votre auteur ou livre préféré ? 

J.R. Kevin BOYER : J’ai été, très tôt, captivé par les romans policiers, notamment ceux d’Agatha Christie, de Tonino Benacquista et de Stieg Larsson. Par la suite, j’ai diversifié mes lectures et mes centres d’intérêt. Je suis passé des romans à des ouvrages plus intellectuels. C’est la raison pour laquelle, depuis quelques années, je m’intéresse à certains livres de philosophie (par exemple « Les origines du totalitarisme » d’Hannah Arendt), d’économie (par exemple « Le prix de l’inégalité » de Joseph Stiglitz ou « Haïti 1989 une évolution monétaire mouvementée » de Jean-Claude Boyer), et d’histoire (par exemple « Congo, une histoire » de David Van Reybrouck). 

Je n’ai pas d’auteur préféré, en ce qui concerne le second volet de la question, je suis incapable d’effectuer un classement. J’ai plutôt une série d’auteurs que j’affectionne énormément. Cependant, il y a un ouvrage que je souhaiterais mettre en avant. Il s’agit de « Gouverneurs de la rosée » de Jacques Roumain. Ce roman est un incontournable de la littérature haïtienne. 

Pouvez-vous décrire votre roman en trois mots ? 

J.R. Kevin BOYER : Il m’est souvent très difficile de qualifier mon roman. Je pense que je n’ai pas le recul nécessaire pour le décrire en trois mots. Je préfère par conséquent laisser cette tâche aux lecteurs. 

A quel personnage du roman vous identifiez-vous le plus ? 

J.R. Kevin BOYER : Si je devais m’identifier à un personnage de mon roman, je dirais Christine. Sa façon de penser, son caractère et sa passion pour la lecture correspondent d’avantage à ma personnalité. 

Quelle est la symbolique des personnages principaux ? 

J.R. Kevin BOYER : Jérémy, le personnage principal, représente la jeunesse insouciante, celle qui se désintéresse du monde, de l’actualité et de la politique. Sa rencontre avec ses nouveaux voisins va considérablement impacter son quotidien jusque-là paisible. Ainsi, Eva symbolise d’une certaine façon l’éveil corporel, tandis que son époux, Gilles, symbolise l’éveil intellectuel. 

Quel est votre rapport à Haïti et à la culture caribéenne ? 

J.R. Kevin BOYER : Mon rapport à Haïti et à la culture caribéenne est assez fort, puisque je suis Haïtien. C’est la raison pour laquelle l’intrigue du roman se déroule dans mon pays natal. Au-delà de mon île, je me sens profondément caribéen. Nous avons une énorme richesse littéraire, culturelle, culinaire et historique. Malheureusement, je fais souvent le constat que les Antilles sont soit méconnues par beaucoup de personnes soit réduites à certains préjugés. J’essaie par conséquent, à travers mon roman, de m’impliquer dans la diffusion de la culture caribéenne, de raconter à ma façon une partie de son histoire, et d’inciter les lecteurs à découvrir davantage les Antilles. 

Quel message avez-vous envie de faire passer à vos lecteurs ? 

J.R. Kevin BOYER : Le message le plus important, selon moi, est de continuer à lire. La lecture est une source inépuisable de connaissance, de savoir et d’imagination. Je ne saurais qu’encourager ceux qui lisent et ceux qui voudraient s’y lancer. 

Quels sont vos projets littéraires ? 

J.R. Kevin BOYER : Pour l’instant, je n’ai pas d’autres projets littéraires. Je me concentre essentiellement sur la promotion de mon roman. Lorsque l’inspiration reviendra, je me lancerai sans doute dans l’écriture d’un nouveau roman.

Où peut-on trouver votre roman ? 

J.R. Kevin BOYER : « Aurores éternelles » est disponible à la vente sur le site internet de Nofi Store et dans leurs locaux. Il est également possible de le trouver sur le site d’Amazon. Pour ceux qui souhaiteraient avoir une dédicace, je suis joignable par mail et par les réseaux sociaux. 

Je souhaiterais, pour terminer, remercier Kelly pour son retour de lecture, son initiative et son article publié sur son blog littéraire. Je lui en suis reconnaissant. 

Voilà désormais vous en savez plus sur cet auteur talentueux ! Il y a beaucoup de talents au sein de la Caraïbes et je suis heureuse de vous en faire découvrir sur mon blog et sur mon compte Instagram. N’hésitez pas à découvrir son roman !

Lectures diverses

La part du colibri, Pierre Rabhi

C’est ainsi que j’ouvrais les  yeux sur un monde en feu dans lequel il m’apparut que je devais faire ma part de colibri 

Page 37

Informations générales

  • Année de parution : 2014
  • Editeur : Editions de l’Aube
  • Genre : Essai
  • Nombre de pages : 144

Une nouvelle vision de l’écologie 

Depuis quelques années, il y a une véritable prise de conscience en matière d’écologie et de respect de l’environnement. La crise liée au Covid 19 que nous traversons renforce cet intérêt. Peut-on réellement continuer à vivre ainsi ? Quel est l’avenir de notre planète si nous continuons à ce rythme ? 

Pour répondre à ces questions, je vous propose un petit livre qui changera votre vision du monde. Cela peut sembler ambitieux pour un si petit livre mais je vous assure que sa lecture est vraiment capitale. 

Les illustrations de Pierre Lemaitre complètent bien cet ouvrage qui allie la prise de conscience à la poésie. 

La nécessité de changer de mode de vie

Pierre Rabhi part d’un constat assez simple. En dépit de toutes nos prouesses technologiques, on ne parvient pas à subvenir aux besoins de tous. Comment est-ce possible que des êtres humains meurent de faim alors qu’il y a toujours plus de gaspillage alimentaire ? Comment se fait-il que les femmes soient encore oppressées ? Que le monde animal soit dévasté à notre profit ? La raison principale est que nous exploitons notre planète jusqu’à la détruire plutôt que d’unir nos forces pour construire un monde meilleur. 

Cela semble des constats évidents et avant de lire cet ouvrage je me disais que si personne ne faisait rien c’était surement parce que changer les choses devait être bien trop compliqué. Après tout, cela semble compliquer de changer notre manière de consommer et si nous fonctionnons ainsi c’est surement pour une raison très logique. 

Pourtant, en lisant ce livre, j’ai réellement pris conscience de la totale absurdité de notre système. Par exemple, l’auteur nous explique qu’il faut donner 10 kilos de céréales à un boeuf pour obtenir un kilo de viande et que la moitié du territoire agricole français est mobilisé pour nourrir les animaux … De même, il faut 400 litres d’eau pour produire un kilo de maïs grain. Quelle est la logique dans ce mode d’exploitation ? 

« Nous passons notre temps à oublier, oublier que nous vivons sur une planète limitée à laquelle nous appliquons un principe illimité, ce qui accélère le processus d’épuisement des ressources et d’accroissement des inégalités structurelles, source de mécontentements, de frustrations et de conflits ». 

page 30

Le cataclysme de l’agriculture industrielle est dénoncé. La pollution des sols, la pollution des eaux, le démantèlement des écosystèmes ou encore la perte de la biodiversité animale et végétale sont quelques uns de ses effets dévastateurs. 

L’auteur met aussi les Etats face à leurs contradictions. Si de grands sommets mondiaux sont organisés comme les sommets de Rio, Stockholm ou encore Kyoto, ils ne sont qu’hypocrisie. Ils se contentent de poser quelques recommandations bien souvent non contraignantes pour les Etats. A l’époque où Pierre Rabhi écrit ce livre, la France ne consacrait que 0,28% de son budget national à l’environnement. Ce budget est aujourd’hui en hausse mais les mesures adoptées sont encore très timides. 

Au-delà de ces constats et de la critique des institutions, Pierre Rabhi interroge sur notre place au sein de ce système. Sommes nous réellement fait pour vivre de cette manière ? 

« Par ailleurs, l’idéologie prétendait qu’avec la science et la technique, les êtres humains allaient être libérés. Or l’observation des faits nous montre que l’itinéraire de vie d’un être humain dans la modernité est fait d’enfermements successifs : de la maternelle à l’université, il est enfermé – les jeunes appellent ça le « bahut » ; les femmes et les hommes en activité disent travailler dans des « boîtes », petites ou grandes ; les jeunes s’amusent en « boîte » et y vont dans leurs « caisses ». Ensuite vous avez la boîte où l’on stocke les vieux avant la dernière boîte que je vous laisse deviner. »

page 46

Vers un monde plus juste 

Pour l’auteur, il faut agir et ne pas rester passif. Il en va de notre responsabilité. Il nous invite à nous saisir de notre destin pour le mettre en conformité avec nos convictions et nos aspirations. 

« Car si l’être humain ne change pas quotidiennement pour atteindre générosité, compassion, éthique et équité, la société ne pourra changer durablement. On peut manger bio, recycler ses déchets et ses eaux usées, se chauffer à l’énergie solaire et exploiter son prochain. Cela n’est pas incompatible. Comme pour toutes nos innovations, la question est de savoir quelle conscience les détermine. » 

page 78

Il nous invite à un retour aux sources afin d’apprendre à nouveau la patience et la saveur des cycles. 

« Retrouver un peu du sentiment de ces êtres premiers pour qui la création, les créatures et la terre étaient avant tout sacrée … » 

page 5

Il s’agit de renouer avec notre véritable vocation qui est basée sur le respect de la vie. Pour illustrer son message, l’auteur nous explique son parcours et son mode de vie dans les Cévennes au sein d’une ferme écologique. 

« Il nous faudra bien répondre à notre véritable vocation qui n’est pas de produire et consommer jusqu’à la fin de nos vies mais d’aimer, d’admirer et de prendre soin de la vie sous toutes ses formes. » 

page 120

Dans un monde absurde où l’argent et le profit ont plus de valeur que la vie humaine et la préservation de notre planète, Pierre Rabhi nous incite donc à faire notre « part du colibri ». 

Cette exhortation est issue d’une légende amérindienne. Selon cette dernière, alors qu’un immense incendie ravageait une forêt, un petit colibri s’activait en allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu, alors que les autres animaux observaient terrifiés et atterrés. Agacé, un tatou lui dit « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec des gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? », « Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part ». 

On peut parfois se sentir désespéré et penser que ce que l’on fait ne change rien mais si nous faisons tous notre part alors les choses peuvent changer.

« Sachez que la Création ne nous appartient pas, mais que nous sommes ses enfants. » 

page 123 

« Soyez très éveillés lorsque le soleil illumine vos sentiers et lorsque la nuit vous rassemble, ayez confiance en elle, car si vous n’avez ni haine ni ennemi, elle vous conduira sans dommage, sur ses pirogues de silence, jusqu’aux rives de l’aurore. » 

page 126 

L’auteur

Pierre Rabhi, paysan et penseur français né le 29 mai 1938 en Algérie, défend un mode de société plus respectueux des hommes et de la Terre. 

Il fonda le mouvement des Colibris et est devenu une figure du mouvement politique et scientifique de l’agroécologie en France. 

Depuis 1981, il partage ses connaissances à travers l’Europe et l’Afrique afin de redonner leur autonomie alimentaire aux populations. Il a notamment participé à l’élaboration de la Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification.

Bien que son combat pour l’écologie soit admirable, il fait toutefois l’objet de nombreuses critiques concernant certaines de ses prises de positions sociétales. 

On papote ?

10 astuces pour reprendre goût à la lecture

Si vous faites partie des personnes qui « lisaient plus avant », qui « lisaient quand elles étaient jeunes mais beaucoup moins maintenant » ou encore qui « ne trouvent plus le temps de lire », alors cet article est fait pour vous. 

En effet, j’entends souvent cela quand je discute de ma passion pour la lecture avec des proches. C’est pourquoi je voulais partager avec vous quelques astuces afin de reprendre goût à la lecture. 

Ma passion pour les livres remonte à l’enfance. Je lisais tellement que mes parents devaient parfois m’empêcher de lire toute la nuit la veille des jours d’école. Ensuite, pendant mes études, comme beaucoup, j’ai perdu un peu l’habitude et le goût de lire. Pourtant, j’ai renoué au fur et à mesure avec les livres ce qui m’a conduit à ouvrir ce blog. 

Contrairement à d’autres blogueurs littéraires, je ne lis pas une centaine de livres par an. Je n’ai pas forcément le temps et je ne lis pas assez vite pour cela. Le but de cet article n’est donc pas de vous donner des astuces pour lire un maximum de livres dans une année, mais simplement de vous donner quelques conseils pour renouer avec l’amour des livres. 

1. Commencer par un livre avec peu de pages

Nous habitons la Terre, Christiane Taubira, 160 pages

Tout d’abord, si cela fait longtemps que vous n’avez pas lu, je vous conseille de commencer par un livre avec un nombre raisonnable de pages. Si vous commencez directement avec un gros pavés de 800 pages, vous risquez de vous décourager (sauf si l’histoire est vraiment palpitante). Choisissez un auteur que vous aimez, le livre d’un film que vous avez adoré ou un genre que vous affectionnez. Ainsi, cette (re)découverte de la lecture se fera en douceur et sans frustration.

2. Intégrer la lecture dans sa routine

Quand on a perdu l’habitude de lire, on a souvent l’impression que c’est parce qu’on n’a pas le temps pour cela. Une des solutions est de visualiser vos journées et d’imaginer un moment consacré à la lecture. Ainsi, cela devient un objectif à réaliser, un petit plaisir quotidien, un moment rien qu’à vous.

3. Lire dans les transports et dans les salles d’attente 

Le métronome, Lorànt Deutsch

Vous êtes du genre à avoir les yeux rivés sur votre téléphone dans les transports ? Et si vous arrêtiez de scroller votre écran pour scroller les pages d’un bon livre ? L’avantage c’est que vous avez moins de chance de vous le faire arracher (sauf si vous me croisez et que je suis en manque de livres). Les transports bondés et les salles d’attente pleines de microbes sont souvent des lieux peu agréables mais vous pouvez aisément vous évader en lisant un livre.

4. Lire avant de dormir 

Encyclopédie du chien, Tome 3, Royal Canin

Beaucoup on du mal à dormir et cela est souvent dû aux effets de la lumière bleue produite par nos écrans. Avec les livres, pas de risque de lumière bleue. De plus, je peux vous garantir qu’on s’endort bien plus vite après avoir lu quelques pages. C’est donc une méthode à tester avant toute prise de somnifères. Cependant, je dois vous avertir que certains soirs, il peut vous arriver de ne plus pouvoir décrocher de votre lecture … 

5. Lire au réveil

Pour ceux qui n’auront pas passer la nuit à lire, vous pouvez prendre du temps le matin pour le faire. Un peu comme le principe du miracle morning qui consiste à se lever plus tôt pour faire ce que l’on aime, il suffit de mettre son réveil 30 minutes plus tôt et de bouquiner dans son lit, ou de prendre le temps de petit-déjeuner avec son livre. Commencer la journée en faisant quelque chose que l’on aime est très agréable. C’est aussi un moyen de se réveiller en douceur.

6. Faire une liste de livres à lire et visualiser sa PAL 

Faire une wish list de livres peut vous inciter à les lire. J’ai pour ambition, entre autre, de lire la saga complète des Rougon-Macquart ainsi que de lire les classiques de la négritude, de la créolité et de l’antillanité. Pour m’y retrouver, je note tout dans un carnet. Même si ma wish list est énorme, j’aime bien en sélectionner quelques uns et en faire une pile à lire (PAL). Comme j’aime visualiser les choses, je la place sur ma table de nuit. J’avais pour objectif de ne pas acheter de nouveaux livres tant que ma PAL ne serait pas terminée mais autant vous dire que j’ai craqué dès que j’ai mis les pieds dans une librairie.

7. Tenir un carnet de lecture

Depuis quelques années, on assiste au retour en force des carnets en tout genre. Les fans du bullet journal ne diront pas le contraire. Si vous aimez les carnets, tenir un carnet de lecture vous permettra de prendre des notes sur vos lectures, recopier les citations qui vous ont plu, attribuer une note à vos livres ou encore suivre le nombre de livres que vous avez lu dans l’année. 

8. Flâner dans les librairies 

Rien de mieux pour reprendre goût à la lecture que de flâner dans les jolies librairies de vos villes. Favorisez les libraires indépendants, discutez avec eux. Ces passionnés vous transmettrons aisément leur passion. Si vous habitez Paris, il y a des librairies mythiques comme Présence Africaine, la librairie spécialisée dans la littérature afro-caribéenne ou encore Shakespeare and Co qui était fréquentée par Ernest Emingway. Il y a plein de librairies spécialisées dans de nombreux domaines. N’hésitez pas à aller les découvrir. 

9. Se déconnecter

Le Prince, Nicolas Machiavel

On vit dans un monde ultra-connecté dans lequel le téléphone est devenu l’extension de notre bras. Il y a aussi beaucoup de propositions en matière de divertissements télévisuels et toujours une nouvelle série à regarder sur Netflix. Cependant, je vous assure que parfois ça fait vraiment du bien d’éteindre tout ça, surtout quand on a déjà passé une journée de travail/d’étude sur ordinateur. Apprendre à souffler un peu, à prendre le temps de vivre quelques instants loin des écrans est plus que nécessaire. Comme on nous l’avons vu, vous pouvez lire à la place de passer du temps sur vos écrans dans les transports, avant d’aller dormir etc.

10. Echanger avec des bookstagramers ou blogueurs littéraires

Dans mes bras : L’or des îles, Marie-Reine de Jaham ; Une brève histoire du temps, Stephen Hawking ; Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie, Harry Potter and the Chamber of Secrets, J.K. Rowling ; The Great Gatsby, F. Scott Fitzgerald

Enfin, n’hésitez pas à suivre des blogs littéraires ou des comptes bookstagram. Il y a toute une communauté bienveillante de passionnés qui seront ravis d’échanger avec vous sur certains livres. Lire les chroniques de livres qu’on a lu permet aussi d’avoir un autre point de vue que le sien et c’est très enrichissant. Si vous avez un compte bookstagram ou un blog, vous pouvez l’indiquer en commentaire !

Essais

Why I’m no longer talking to white people about race, Reni Eddo-Lodge

Anger is useful. Use it for good. Support those in the struggle, rather than spending too much time pitying yourself. 1

Page 221

Informations générales

  • Année de parution : 2017 – 2018 
  • Genre : Essai anti-raciste 
  • Nombre de pages : 255

Comme je l’ai lu en VO, j’ai traduit librement les citations à la fin de l’article. Elles sont surement mieux formulées dans la version française « Le racisme est un problème de blancs ». 

Analyse

Le contexte

Aujourd’hui, la France, telle une princesse endormie, semble se réveiller brusquement et découvrir l’existence du racisme sur son territoire. 

Pendant longtemps, elle s’est drapée les yeux de son universalisme et pointait du doigt la folie des autres pour se dédouaner. 

Pourtant, le racisme est bien présent dans notre pays. S’il s’exprime de manière différente selon les régions du monde, on ne peut cependant nier son existence. 

Il est vrai qu’à l’école, on apprend très peu de choses sur le sujet ainsi que sur l’histoire du peuple noir. La première fois qu’on entend parler de l’Afrique en classe d’histoire, c’est pour parler de l’esclavage. Bien souvent, cette histoire est présentée très sommairement en insistant sur le fait que les Africains auraient vendus leurs compatriotes en échange de quelques coquillages. Ensuite, vient la leçon sur la Colonisation qui vante les éloges des « bienfaiteurs » européens qui ont construit des routes et des hôpitaux. 

Il est très difficile de déconstruire cette image du Blanc sauveur et du Non-Blanc sauvage qu’il faut civiliser.  Ce sont ces préjugés qui prédominent dans l’inconscient de nos sociétés. C’est pourquoi, la lecture est essentielle pour comprendre ce qu’est réellement le racisme. Ici, la lecture permet non pas de construire mais de déconstruire des préjugés. 

J’ai beau être antillaise et descendante d’esclave, j’ai longtemps imaginé l’Afrique noire comme une vaste terre de misère sans réelle histoire. C’est la lecture de certains ouvrages, comme Nations Nègres et Culture, qui m’a permis d’ouvrir les yeux et c’est l’une des principales raisons pour laquelle je me suis lancée dans l’aventure bookstagram et dans la création d’un blog littéraire. 

Beaucoup de livres permettent de comprendre la problématique du racisme, comme Mille Petits Riens, et aujourd’hui j’ai choisi de vous présenter l’ouvrage de Reni Eddo-Lodge qui aborde la problématique raciale au Royaume-Uni et qui présente des similitudes avec la situation française. 

Un titre qui fait réagir

Vous l’aurez remarqué, le titre du livre en VO est assez provocateur. Je vous avoue que c’est le titre en premier lieu qui m’a intriguée et poussée à découvrir l’oeuvre. Une certaine lassitude ressort de ce titre et inscrit ce livre comme une véritable thérapie pour ceux qui sont fatigués de parler avec des personnes qui refusent de voir le problème.

« I stop talking to white people about race because I don’t think giving up is a sign of weakness. Sometimes it’s about self-preservation. »2

Préface, page 15

Si le titre peut laisser penser à certains qu’ils ne sont plus invités à la discussion, cet essai propose en réalité un véritable dialogue rendu possible par l’abandon de certains préjugés. En effet, ce livre est LA discussion qu’il faut avoir sur le racisme.

La traduction française du titre est « Le racisme est un problème de blancs », ce qui est regrettable car on perd une partie de l’essence du message de l’auteur. C’est pour ce genre de traduction/réécriture que je préfère lire les versions originales quand je le peux.

Ce qu’elle met en lumière c’est le fait qu’il est difficile d’avoir ce genre de discussion avec des personnes blanches car elles peuvent se sentir attaquées, blessées ou mal à l’aise. Les personnes victimes de discrimination se retrouvent donc dans l’incapacité de dénoncer ce qui leur arrive au sein d’une société qui leur rappelle sans cesse qu’elles n’ont pas à se plaindre.

Un système à déconstruire

L’essai retrace l’histoire du Royaume-Uni sous l’angle de ses rapports avec les populations noires, ce qui permet de comprendre les liens complexes actuels. 

Il aborde aussi plusieurs points intéressants comme les relations des noirs avec la police du Royaume-Uni (spoiler alert : oui, il y a des violences policières) ou encore le rôle ambigu du féminisme lorsqu’il s’agit de prendre en compte les problématiques propres aux femmes noires. 

Mais c’est surtout une lecture essentielle pour comprendre le racisme structurel. L’auteur explique qu’il s’agit d’un système pensé uniquement pour les personnes blanches dans lequel les autres trouvent difficilement leur place. 

Ce n’est pas tant une question de préjugés personnels mais plutôt d’un ensemble de préjugés collectivement admis au sein d’une société. C’est ce racisme qui a un impact direct sur les chances de réussite et même de survie des personnes qui en sont victimes.

Cette définition s’applique également en France. Même si les statistiques ethniques ne sont pas officiellement reconnues, on peut aisément voir que les chances de réussite d’un jeune élève noir de banlieue parisienne sont bien moins élevées que celles d’un élève blanc d’un lycée parisien. Et même lorsque cet élève noir intègre une grande école, ses chances de trouver un emploi sont nettement diminuées par rapport à son camarade blanc. Le racisme c’est aussi et surtout une question de comprendre qui détient le pouvoir et qui souhaite le garder. 

« We tell ourselves that racism is about moral values, when instead it is about the survival strategy of systemic power »3

page 64

Reni Eddo-Lodge met ainsi toute une société face à ses contradictions. Pour revenir à la question des statistiques ethniques et des quotas, que l’on se pose actuellement en France, elle s’interroge sur le fait que les quotas soient si facilement acceptés quand il s’agit de dénoncer l’inégalité homme/femme alors qu’ils sont fortement critiqués concernant la lutte contre le racisme. Elle aborde également la thématique du privilège blanc qui fait également beaucoup parler aujourd’hui. 

« White privilege is one of the reasons why I stopped talking to white people about race. Trying to convince stony faces of disbelief has never appealed to me. The idea of white privilege forces white people who aren’t actively racist to confront their own complicity in its continuing existence »4

page 87

Je vous renvoie au livre pour comprendre ce qu’est vraiment le privilège blanc si vous ne savez pas de quoi il s’agit car l’auteur l’explique à merveille. Il ne s’agit pas tant d’avoir une vie aisée à l’abri de toute difficulté. Il s’agit de vivre dans un monde qui est pensé et fait uniquement pour vous. Un monde où vous n’avez pas peur de subir un contrôle au faciès qui peut entraîner des violences policières. Un monde où vous n’avez pas à vous soucier de vous voir refuser un logement ou un emploi en raison de votre nom ou de votre apparence. 

« Who really wants to be alerted to a structural system that benefits them at the expense of others? »5

Préface, page 11 

L’auteure bouscule ceux et celles qui ferment les yeux sur ce système au motif qu’ils ou elles « ne voient pas la couleur des gens ». 

« Not seeing race does little to deconstruct racist structures or materially improve the conditions which people of color are subject to daily. In order to dismantle unjust, racist structures, we must see race. »6  

page 84

Enfin, après avoir dénoncer tout cela, elle incite le lecteur à déconstruire le système actuel afin de créer un monde dans lequel chacun aurait sa place. 

« I don’t want to be included. Instead, I want to question who created the standard in the first place. After a lifetime of embodying difference, I have no desire to be equal. I want to deconstruct the structural power of a system that marked me out as different »7

page 184 

L’auteur


Photo du FESTIVAL METROPOLIS BLEU

Née en 1989 à Londres d’une mère nigériane, Reni Eddo-Lodge est une journaliste et auteure britannique qui écrit sur le féminisme et sur le racisme structurel. Elle écrit notamment pour le New York Times, The Guardian ou encore The Daily Telegraph.

A l’âge de quatre ans, elle demanda à sa mère quand est-ce qu’elle allait devenir blanche, ce qui lui fit réaliser qu’il y avait un problème de représentation dans la société. Avant d’être un livre, Why I’m No Longer Talking to White People About Race était un article qu’elle a publié sur son blog en 2014 et qui est devenu viral. 

Traduction libre

  1. La colère est utile. Utilisez-la pour le bien. Soutenez ceux qui luttent, plutôt que de passer trop de temps à vous apitoyer sur votre sort.
  2. J’ai arrêté de discuter de race avec les Blancs car je ne considère pas l’abandon comme un signe de faiblesse. Parfois, il s’agit de se préserver.
  3. Nous nous disons que le racisme est une question de valeurs morales, alors qu’il s’agit plutôt de la stratégie de survie du pouvoir systémique.
  4. Le privilège blanc est l’une des raisons pour lesquelles j’ai cessé de parler de race avec les Blancs. Essayer de convaincre des visages fermés et incrédules ne m’a jamais plu. L’idée du privilège blanc oblige les Blancs qui ne sont pas activement racistes à affronter leur propre complicité dans l’existence continue du racisme.
  5. Qui voudrait vraiment être averti d’un système structurel qui lui profite au détriment des autres ?
  6. Ne pas voir la race ne contribue guère à déconstruire les structures racistes ou à améliorer matériellement les conditions auxquelles les personnes de couleur sont soumises quotidiennement. Afin de démanteler les structures racistes et injustes, nous devons voir la race.
  7. Je ne veux pas être inclus. Je veux plutôt me demander qui a créé la norme en premier lieu. Après une vie passée à incarner la différence, je n’ai aucun désir d’être égale. Je veux déconstruire le pouvoir structurel d’un système qui m’a marqué comme étant différente.

Littérature caribéenne

Là où les chiens aboient par la queue, Estelle-Sarah Bulle

La nuit n’est pas menteuse comme le jour. C’est la nuit que tu peux lire en toi-même comme dans un livre, et voir les autres comme ils sont vraiment.

Page 29

Informations générales

  • Année de parution : 2018
  • Genre : Roman guadeloupéen
  • Nombre de pages : 283

Résumé 

Une jeune femme en quête de ses racines interroge sa tante Antoine pour en apprendre plus sur l’histoire de sa famille. Cette dernière va lui raconter l’histoire de la famille Ezechiel et celle de la Guadeloupe depuis la fin des années 40. 

Antoine est une femme forte et indépendante qui a toujours pris soin de mener sa vie comme elle l’entendait. Elle impressionne par son allure et par son caractère. Ni sa soeur, Lucinde, ni son frère ne réussiront à la saisir véritablement. Elle a l’art de raconter son île avec un mélange de magie et de mystère. 

Sa nièce, tiraillée par son identité métisse, découvrira, grâce à elle, l’histoire de son île et des membres de sa famille, de leur enfance dans les campagnes de Morne-Galant au grand départ vers la Métropole. 

Avis et analyse

Ce premier roman d’Estelle-Sarah Bulle est une très belle découverte. Sous sa plume, j’ai redécouvert mon île à travers l’histoire de la famille Ezéchiel. 

Cette histoire commence avec la rencontre d’Hilaire et d’Eulalie que tout oppose. D’un côté, Hilaire est un homme noir mystérieux, craint pour son courage et son côté bagarreur. De l’autre, Eulalie est une femme blanche appartenant à une famille vivant en ermite arrivée de Bretagne il y a plusieurs siècles.    

Malgré l’opposition de la famille d’Eulalie, Hilaire la ramena à Morne-Galant et de leur union sont nés trois enfants : Antoine, Lucinde et Petit-Frère, le père de la femme en quête de ses origines. 

Morne-Galant est un lieu imaginé par l’auteure. Il est décrit comme un endroit isolé au fin fond de la campagne guadeloupéenne. « Cé la chyen ka japé pa ké » (« Là où les chiens aboient par la queue ») est l’expression créole utilisée pour désigner des trous perdus, des endroits tellement éloignés de la civilisation que même les chiens auraient des attributs étranges. 

Les souvenirs croisés des trois enfants d’Hilaire et d’Eulalie rythment le récit. Le plus jeune, surnommé Petit-Frère, fut longtemps tiraillé par le souvenir de sa mère. Cette quête le mènera à rencontrer sa famille blanche et à se confronter à un milieu hostile. Cependant, sa soif de connaissances, de livres et de rencontres le poussera à quitter son île.

Lucinde, quant à elle, semble prise au piège entre ses deux origines. Si, bien souvent, elle reniera son côté noir pour toujours plus se rapprocher de son côté blanc, elle est en réalité totalement perdue comme bien des descendants d’esclaves, arrachés à leur terre d’origine et assimilés à un peuple français dont la Terre semble encore plus lointaine. 

« Lucinde, elle a deux femmes en bagarre dans sa tête : une Négresse craintive qui pleure misère, et une aristocrate blanche qui méprise les Nègres. » 

page 277

La plus intrigante est Antoine, une femme libre et sauvage, un brin mystique, belle et atypique à la fois. C’est elle qui relie le passé au présent et la Guadeloupe à Paris. 

Le fait que l’histoire soit racontée à travers différents points de vue est une véritable richesse et permet de présenter les problématiques sous différents angles. Les souvenirs s’entremêlent et dressent le portrait d’une société unique en son genre. 

La quête des origines  

La recherche de ses origines et de ses racines occupe une place centrale dans le roman. Si le métissage est de plus en plus valorisé dans nos sociétés, il est aussi source de questionnements et de tiraillements identitaires. 

« Métis, c’est un entre-deux qui porte quelque chose de menaçant pour l’identité. » 

page 19

Le métissage est au coeur des sociétés antillaises mais il est parfois difficile de se construire dans un monde que l’on n’a pas choisi. 

« Tu dis que chez les Antillais, il n’y a pas de solidarité. Mais si tu mets dix personnes dans une salle d’attente, tu crois qu’ils vont finir par former une grande et belle famille ? La Guadeloupe, c’est comme une salle d’attente où on a fourré des Nègres qui n’avaient rien à faire ensemble. Ces Nègres ne savent pas trop où se mettre, ils attendent l’arrivée du Blanc ou ils cherchent la sortie. » 

page 12

Beaucoup d’antillais descendants d’esclaves n’ont pas la chance de connaître leurs origines. Ils ont du s’adapter au sein d’un monde qui leur fut pendant bien longtemps hostile et se réinventer en se perdant parfois dans le mythe de leurs prétendus ancêtres gaulois. De même, ceux qui ont quitté leur île pour tenter leur chance en Métropole, obnubilés par le désir de s’intégrer, abordent rarement les souvenirs de leur vie passée.

« Conserver est un réflexe de gens bien nés, soucieux de transmettre, de génération en génération, la trace lumineuse de leur lignée. Je n’avais pas cela. Nul document à l’abri dans la pierre épaisse d’une maison familiale. Nulle trace d’ancêtres, trop occupés à survivre. Mais je possédais un registre d’expériences, de gestes, de mots qui me nourrissaient de manière souterraine » 

page 176

Cette quête des origines est l’occasion de présenter la société guadeloupéenne et son lien avec la France.

Les liens avec la Métropole 

Longtemps ignoré par la France, le passé esclavagiste pèse cependant de tout son poids sur la société antillaise. Cela n’a cependant pas empêché les antillais de contribuer héroïquement à l’histoire de France. 

Ainsi, pendant la Seconde Guerre Mondiale, la Guadeloupe subissait elle-aussi le Régime de Vichy sous le joug du Gouverneur Sorin. 

« Pendant trois ans, les Guadeloupéens s’étaient battus seuls contre les Français racistes de Vichy qui, avec l’appui des békés, tenaient les îles françaises sous leur botte et violaient les libertés comme ils n’osaient pas le faire en France dans la zone libre. On se souvenait encore de Napoléon qui avait rétabli l’esclavage. Alors, des femmes et des hommes avaient pris les armes, fait passer les vivres, assuré le lien avec les îles anglaises. » 

page 106

La rébellion des antillais est mise en lumière sous le regard mystique d’Antoine. Toutefois, ces actes héroïques ont été bien vite oubliés par la France. 

« Mais ce que je lui reprochais à de Gaulle, c’est qu’après tout ça, quand il est arrivé sur les Champs-Elysées avec ses chars et ses drapeaux, il n’a pas eu un mot pour notre dissidence. Et quand il a fait son Conseil national de la Résistance, est-ce que tu as vu un seul Nègre consulté la-dedans ? Rien du tout, c’est comme si la traversée en barque par une nuit venteuse, depuis la Guadeloupe jusqu’à la Dominique, sous les feux de la marine vichyste, ça ne valait pas le sabotage d’un train entre Valence et Grenoble. » 

page 106

Malgré ce manque de reconnaissance, des antillais sont à nouveau morts au service de la France lors du conflit algérien. 

« De jeunes Antillais avaient péri sous un autre soleil, à des milliers de kilomètres de l’île, pour une France coloniale où les indigènes étaient traités comme des esclaves. » 

page 220

Après avoir payé un si lourd tribut, certains se sont pris à rêver de l’exil en France, terre de liberté et de tous les possibles. Ils furent séduit par le programme du Bumidom (Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer), qui a organisé la migration en métropole de plus de 70 000 personnes entre sa création en 1963 et 1981. Si on promettait aux Antillais des bons postes et un meilleur cadre de vie, ce fut la désillusion pour beaucoup. 

« Les Antillais persistaient à vouloir s’intégrer au paysage national et même à célébrer avec ferveur les valeurs de la partie, mais nous sentions bien que quelque chose n’était pas en accord avec les promesses de la République » 

page 95

Cette indifférence, ces fausses promesses et le traitement des révoltes ouvrières en mai 1967 sont mis en lumière sous la plume de l’auteure et permettent de comprendre les rapports compliqués avec la Métropole ainsi que les spécificités de la société guadeloupéenne. 

Un portrait de la Guadeloupe à l’état brut

Loin des clichés habituels, l’auteure dresse un portrait à l’état brut de la Guadeloupe : une terre sauvage où il faut batailler pour survivre. Comme elle le rappelle, la Guadeloupe a toujours été une terre de piraterie et cela se ressent dans le mode de vie des habitants. 

« Ton premier million, tu le voles. Je n’ai jamais eu de millions, mais tu vois l’idée ; il n’y a qu’à regarder comment les Blancs se débrouillent chez nous. La Guadeloupe, ça a toujours été une terre de piraterie. Je dis que ceux qui y arrivent sur notre dos sont plus malins que les autres. Oh oui, bien sûr, tu vas me dire qu’ils ont toujours eu la force de leur côté, qu’ils tordent toutes les règles à leur manière. D’accord, mais nous, on doit être malins, parce que si tu ne sais pas être compè lapin, tu ne seras que pauvre bonhomme. » 

pages 136-137

Cette terre a façonné les Antillais et leur a donné une force et une capacité de résilience et d’adaptation dont beaucoup ne sont même pas conscients. 

« Nous, les Antillais, nous avons toujours su nous adapter, pas vrai ? De la case d’esclaves aux HLM, nous savons ce que signifie survivre. Mais de communauté soudée, tu n’en trouveras pas. » 

page 277

Au final, la Guadeloupe est un peu comme Antoine, belle et forte, rebelle et indomptable, unique et sauvage. Je terminerais ici avec ces mots de l’auteure qui parlent au coeur d’une fille des îles en exil à 8000 km de sa terre : 

« Pour moi qui suit née dans la grisaille, l’île constitue un monde de sensations secrètes, inaccessible la plupart du temps. Les moments que je passe là-bas sont des parenthèses sensuelles, où tout prend le relief particulier de la fugacité. Je touche, je goûte, je sens. La plante de mes pieds cuit. Le jour se dérobe sous mes doigts. Je suis assommée par les étoiles. » 

page 175

L’auteur


Estelle-Sarah Bulle est née en 1974 à Créteil d’un père guadeloupéen et d’une mère ayant grandi dans le Nord de la France. Elle a travaillé dans des cabinets de conseil et au sein d’institutions culturelles. Son premier roman fut salué par la critique et lui apporta de nombreux prix tel que le Prix Stanislas du premier roman, le Prix Carbet de la Caraïbes et du Tout-Monde ainsi que le Prix Eugène-Dabit du roman populiste. 

Lectures diverses

La symbolique des noms des personnages de la saga Harry Potter

La peur d’un nom ne fait qu’accroître la peur de la chose elle-même.

Harry Potter à l’école des sorciers, J.K. Rowling, page 291

Si vous ne vivez pas dans une grotte depuis plus d’une vingtaine d’années, vous avez forcément déjà entendu parler de la saga Harry Potter. Outre l’histoire merveilleusement bien ficelée, la magie opère également grâce à l’attention que J.K. Rowling a porté à de nombreux détails, et notamment à l’appellation de ses personnages.

Il faut bien admettre que les personnages de la saga sont l’une des raisons de son succès. Rarement, des personnages fictifs n’ont semblé si réels. Chacun a sa propre histoire et son propre caractère et il est possible d’en apprendre davantage sur eux en dehors des romans car l’auteure distille très souvent des informations sur leur passé, leurs habitudes ou sur ce qu’ils sont devenus après la bataille de Poudlard. 

Vous avez d’ailleurs sûrement vos personnages préférés et d’autres que vous détestez (coucou Ombrage) mais vous êtes-vous déjà intéressé à la symbolique de leur nom ? 

Beaucoup de choses ont inspiré J.K. Rowling pendant l’écriture de ses romans. Ainsi, elle avait pour habitude de se promener au cimetière de Greyfriars d’Edimbourg et s’est inspirée de certains noms sur les pierres tombales. J’ai eu la chance de visiter ces lieux et d’y découvrir la tombe de Voldemort en personne ! Ou plutôt celle d’un certain Tomas Riddell, un inconnu devenu célèbre, dont la tombe est visitée chaque jour par de nombreux moldus. Dans ce cimetière, on trouve aussi les tombes d’un certain William McGonagall ou encore une stèle de la famille Potter. 

Mises à part ces balades entre les tombes, vous avez surement remarqué que les prénoms des personnages de la saga ont souvent des points communs. Par exemple, on retrouve de nombreux noms d’étoiles (Sirius, Bellatrix), ou de fleurs (Lily, Pétunia), ou encore tirés de la mythologie (Minerva, Pomona). Vous avez aussi sans doute remarqué les influences de la langue française, que J.K. Rowling connait bien pour avoir donné des cours d’anglais à la Sorbonne.

Je vous propose donc une analyse des noms et prénoms de nos chers sorciers. Cependant, si vous n’avez pas lu les romans ou vu les films, je vous déconseille de poursuivre la lecture de cet article au risque de vous dévoiler quelques éléments importants de l’intrigue. 

Des familles unies par les prénoms de leurs membres

Les membres d’une même famille ne sont pas seulement liés par leur couleur de cheveux ou par leurs activités douteuses en lien avec Vous-Savez-Qui mais également par la cohésion de leurs prénoms. 

Ainsi, même si les Black s’évertuent à renier les membres de leur famille qui ne partagent pas leurs idées et même si Sirius a tout fait pour s’éloigner d’eux, ils restent unis par leur prénom. C’est peut être même le seul point commun entre Sirius et sa cousine Bellatrix. 

Source : https://www.encyclopedie-hp.org

Sirius est, en effet, le nom de l’étoile la plus brillante du ciel, après le soleil, située dans la constellation du Grand Chien. Or, comme vous le savez, Sirius Black a la particularité de pouvoir prendre l’apparence d’un grand chien noir. Ainsi, on pouvait presque deviner que Sirius était un animagus à la lecture de son nom et de son prénom. 

La constellation du Grand Chien est située a côté de la constellation d’Orion et représente le chien de ce dernier dans la mythologie grecque. Ce n’est donc pas un hasard si le père de Sirius s’appelle Orion Black

Quant à Bellatrix, c’est également le nom d’une étoile très brillante de la constellation d’Orion. Ce nom provient du latin et signifie « la guerrière », ce qui lui correspond plutôt bien. 

Régulus, le frère de Sirius porte le nom d’une étoile de la constellation du Lion, qui signifie « petit roi » en latin. C’était en effet, le fils préféré de Walburga, même s’il semble s’être rangé du côté lumineux de la force avant sa mort. 

Parmi les nombreux membres de la famille Black, on trouve encore d’autres noms d’étoiles ou de constellations tels que Cygnus, Arcturus, Pollux, Cassiopeia, Andromeda (la mère de Tonks). C’est donc en observant la nuit étoilée que J.K. Rowling a trouvé les prénoms des membres de la famille Black. 

La famille Malefoy, qui ne brille pas pour sa bonne foi, est affiliée à la famille Black par la mère Narcissa dont le nom provient du mythe de Narcisse, dans la mythologie grecque. Un prénom qui lui va donc très bien car elle se sent supérieure à ceux qui n’ont pas le sang pur. Quant à Drago (Draco en VO), il renvoie également au nom d’une constellation (la constellation du Dragon), tout comme son fils Scorpius (la constellation du Scorpion). 

Lucius, le père, a un prénom qui peut faire penser à Lucifer. Ce prénom lui va plutôt bien en raison des activités qu’il pratique en tant que Mangemort. Ce qui est intéressant, c’est que c’est également le prénom de l’empereur romain ennemi du roi Arthur, et comme vous le savez, ce n’est pas l’amour fou entre Lucius Malefoy et Arthur Weasley.

Concernant les Weasley, leur nom de famille fait référence à de petits mammifères proches des belettes (weasel en anglais). Selon J.K. Rowling elle-même, ces petits mammifères ont une réputation de nuisibles mais elle les a toujours adoré et elle affirme qu’ils sont moins mauvais que les gens ne le sont à leur égard. Les Weasley ne sont en effet pas toujours bien vu dans le monde des sorciers en raison de leur condition sociale et de leur grande tolérance envers les moldus. 

Paradoxalement à leur milieu social, les Weasley portent des prénoms en lien avec la royauté. On trouve ainsi des références à la légende du roi Arthur avec le père Arthur Weasley, la cadette Ginevra (surnommée Ginny), qui renvoi au prénom Guenièvre qui était la reine du royaume de Camelot et l’un des fils, Percy, diminutif de Perceval, un des chevaliers de la table ronde. Quant à Ronald, il est surnommé Ron, comme le nom porté par la lance du roi Arthur dans la légende. 

William (surnommée Bill) et Charles (surnommée Charly) sont des noms portés par de nombreux rois anglais. Quant à Fred et George, leur destin présente des similitudes avec ceux du roi George III, roi du Royaume Uni au XVIIIe s., qui était à moitié sourd et de son frère Fréderick décédé alors qu’il était adolescent. 

Si certains prénoms ne renvoient pas à une signification particulière, comme celui de son héros, Harry, qui est simplement un nom que l’auteure affectionnait ou Hermione qu’elle au trouvé au sein d’une pièce de Shakespeare, d’autres font véritablement apparaître le caractère de ceux qui les portent.

Des noms faisant référence au caractère des personnages 

A la manière des contes pour enfants, J.K. Rowling a pris soin de nommer certains de ses personnages en fonction de leurs traits de caractères ou de leurs caractéristiques physiques. Ainsi, de nombreux professeurs de Poudlard portent des noms qui les définissent à merveille. 

Il y a tout d’abord notre cher Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore dont le prénom Albus évoque ses caractéristiques physiques car Albus signifie « blanc » en latin comme ses cheveux et sa longue barbe. Albion est aussi l’ancien nom désignant la Grande-Bretagne à l’époque du roi Arthur, encore une référence à la légende. Dumbledore renvoie, quant à lui, au mot anglais bumbleblee qui signifie bourdon car J.K. Rowling l’imaginait en train de fredonner tout seul en déambulant dans le château. 

Chacun est d’accord pour dire que Severus Snape, ou Severus Rogue dans la version française, est un personnage plutôt sévère comme le laisse deviner son prénom. De plus, en anglais, le verbe to snape peut se traduire par « réprimander quelqu’un », ce qui est quand même son passe-temps favori. 

Minerva McGonagall, professeur de métamorphose et responsable de la maison Gryffondor, porte le prénom de la déesse romaine de la sagesse, de la médecine et de la guerre, un nom qui lui va donc à ravir. 

Rémus Lupin porte son secret à l’intérieur même de son nom. En effet, Lupin est un adjectif français relatif au loup. De même, selon la légende romaine, Rémus est le nom de l’un des deux frères fondateurs de Rome qui furent élevés par une louve.

Pomona Sprout (Pomona Chourave en français) a le même prénom que la déesse grecque des jardins et arbres fruitiers. De plus, sprout en anglais signifie germer. La discipline qu’elle enseigne apparaît donc dans son prénom.  

Dolores Umbridge (Ombrage) porte un prénom qui fait référence au mot « douleur » (dolor en latin) et un nom qui signifie « offenser » (umbrage en anglais) ou encore « ombre, ombrage » (umbra en latin). Sa passion est en effet de faire souffrir les élèves de Poudlard et elle n’hésite pas à utiliser les châtiments corporels pour faire régner son autorité. 

Sibylle Trelawney porte également bien son nom même si elle a parfois quelques lacunes en divination. En effet, dans l’Antiquité, une Sibylle désignait une prophétesse qui entrait dans un état extatique, sous l’influence d’Apollon, et prophétisait sans avoir été consultée. C’est bien sans qu’on la consulte que Mme Trelawney se montre beaucoup plus douée dans l’art de la divination.  

Quant à Rubeus Hagrid, il porte un nom en rapport avec son amour de la boisson. J.K. Rowling a en effet expliqué qu’il buvait beaucoup et que c’est la raison pour laquelle elle a choisi de l’appeler Rubeus, proche du mot anglais rubious, venant du latin « ruber », signifiant « rouge », comme le visage d’une personne alcoolisée. De même Hagrid est un vieux mot anglais qui signifie qu’une personne a mal dormi, ce qui est souvent le cas lorsque l’on a trop bu. 

Enfin, on retrouve l’influence de la langue française avec Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, Lord Voldemort. L’obsession de ce dernier était en effet d’échapper à la mort et ce n’est pas pour rien que le nom qu’il s’est choisi renvoie directement à l’idée de voler la mort elle-même en tentant de lui échapper. 

On retrouve encore l’influence française avec les noms de famille de certains Mangemort comme les Malefoy dont on a parlé plus haut mais aussi les Lestrange ou les Rosier. En espérant que cela ne reflète pas l’image que J.K. Rowling a des français…

Une boutique de Victoria Street, Edimbourg

Bonus

Impossible de ne pas parler de la chère Hedwige ! C’était le prénom portée par une sainte (Sainte Hedwige de Silésie, parfois orthographié Edwige) qui prenait soin des enfants abandonnés et des orphelins. On comprend donc toute son importance pour Harry.

Sources 

Lectures diverses

Mille petits riens, Jodi Picoult

Peut-être qu’il est possible de haïr quelqu’un autant qu’on l’a aimé. Comme la doublure d’une poche qu’on aurait retournée. En toute logique, l’inverse doit être vrai aussi.

page 632

Informations générales

  • Année de parution : 2016
  • Genre : Roman américain
  • Nombre de pages : 664

Résumé

Ruth est une sage-femme afro-américaine passionnée par son métier qu’elle exerce depuis plus de vingt ans. Son parcours est exemplaire et elle se veut comme un modèle d’intégration au sein de la société américaine. Sa vie va être bouleversée lorsqu’elle va croiser le chemin de Turk et Brittany Bauer, un couple de suprémacistes blancs dont la femme est venue accoucher à l’hôpital où Ruth travaille. En effet, lorsque leur bébé décède à l’hôpital, Ruth va être, pour eux et pour tout un système raciste, la coupable idéale.

Avis et analyse 

Le récit est raconté à trois voix. Le lecteur est invité à suivre l’histoire à travers le point de vue de Ruth, l’infirmière, Turk Bauer, le père du bébé décédé et Kennedy, une avocate qui va tout faire pour aider Ruth. Au début, j’ai eu un peu de mal avec cette idée. Avais-je vraiment envie de lire le point de vue d’un suprémaciste blanc ? De plus, l’auteur Jodi Picoult n’étant pas une personne de couleur, j’avais quelques appréhensions à lire la manière dont elle allait se mettre dans la peau d’une afro-américaine. 

Finalement ce fut une vraie bonne surprise. Le véritable apport de ce roman est la prise de conscience progressive des personnages. C’est très intelligent de la part de l’auteur car cela permet de comprendre les problématiques raciales à travers un chemin évolutif. 

Ainsi, au début, Ruth me semblait peu concernée par ces questions et obnubilée par sa volonté d’intégration, au contraire de sa soeur Adissa qui représente l’afro-américaine révoltée et engagée. 

Alors que cette dernière vit dans un quartier pauvre avec ses nombreux enfants et est constante lutte contre le système établi, Ruth, est quant à elle obsédée par l’idée de « s’intégrer ». Pour cela, elle a fait le choix d’habiter un quartier résidentiel bourgeois, a obtenu son diplôme dans l’une des meilleures universités américaines et pousse sans cesse son fils à gravir les échelons universitaires. 

A de nombreuses reprises, Ruth ferme les yeux sur des attitudes offensantes que peuvent avoir ses collègues blancs et préfère leur trouver des excuses. De même, elle a parfois tendance à oublier ses origines. Ainsi, alors que sa mère lui avait dit de ne jamais oublier d’où elle venait, elle s’interroge : 

« Et comme elle n’avait cessé de me pousser hors du nid depuis que j’étais toute petite, pourquoi me demandait-elle à présent d’emporter avec moi les brindilles de ce nid ? Ne pouvais-je voler plus haut sans elles ? » 

page 249

Ce n’est pas un reniement total de ses origines car Ruth a bien conscience de tous les sacrifices que sa mère a fait pour qu’elle puisse s’élever. 

Si sa volonté de s’intégrer à tout prix sans jamais se révolter m’a quelques fois agacée, j’ai réalisé qu’elle menait en réalité une véritable lutte silencieuse. 

Le combat qu’elle mène ira à son paroxysme lorsqu’elle sera accusée à tort de la mort du bébé des Bauer. Mais toute la colère qui était en elle risque bien d’exploser à un moment crucial de l’histoire. 

Ils m’ont attaché les poignets, juste comme ça, comme si ce geste ne réveillait pas deux siècles d’histoire qui se sont aussitôt répandus dans mes veines avec la charge d’une décharge électrique. Sans penser un instant que je ressentirais ce qu’ont ressenti mon arrière-arrière-grand-mère et sa mère, debout sur l’estrade pendant la vente aux enchères des esclaves. Ils m’ont menottée sous les yeux de mon fils, mon fils à qui je répète depuis le jour de sa naissance qu’il est bien plus qu’une couleur de peau.” 

page 244

Kennedy quant à elle est l’archétype de la femme blanche ayant l’envie de sauver le monde. J’ai beaucoup aimé ce personnage, malgré son léger white savior complex (le complexe du sauveur blanc). Pétrie de bonnes intentions, elle refuse pourtant d’ouvrir les yeux sur la question raciale.

«  – Personnellement, je me fiche de ces histoires de couleur, déclare-t-elle. Je veux dire : la seule race qui importe c’est la race humaine, non ? 

C’est facile de prétendre qu’on est tous dans le même bateau quand la police n’a pas débarqué chez vous en pleine nuit. Mais je sais que, quand les Blancs racontent ces trucs-là, c’est parce qu’ils croient dur comme fer que c’est bien de les dire et pas une seconde ils ne se rendent compte de la nonchalance de leurs propos. » 

page 289

Elle finira cependant par comprendre la situation de ses concitoyens de couleur. A travers le personnage de Kennedy, c’est la prise de conscience de l’auteur elle-même qui transparaît. 

« – Je sais ce que vous pensez en ce moment : Je ne suis pas raciste, moi. C’est clair, nous avons eu un exemple vivant de ce qu’est le vrai racisme, incarné ici par Turk Bauer. Je doute que vous soyez nombreux, mesdames et messieurs les jurés, à croire, comme Turk, que vos enfants sont des guerriers de la race et que les Noirs sont des êtres tellement inférieurs qu’ils ne devraient pas même avoir le droit de toucher un bébé blanc. Pourtant, même si nous décidions d’envoyer tous les néonazis de cette planète sur Mars, le racisme existerait encore. Parce qu’en réalité le racisme ne se résume pas à la haine. Nous avons tous des préjugés, même si nous n’en sommes pas conscients. Ce qu’il faut savoir, c’est que le racisme est également lié à l’identité des personnes qui détiennent le pouvoir… Et qui y ont accès. Voyez-vous, lorsque j’ai commencé à travailler sur cette affaire, je ne me considérais pas comme quelqu’un de raciste. A présent, je sais que je le suis. Pas parce que je hais les personnes qui ne sont pas de la même race que moi, non, mais parce que – intentionnellement ou inconsciemment – j’ai profité de la couleur de ma peau, de la même manière que Ruth Jefferson a subi un grave revers à cause de la sienne. »

page 613

C’est pour ce genre de plaidoirie pleine de justesse et de vérité que j’aime beaucoup ce personnage. Mais Kennedy est aussi très drôle et de nombreuses situations avec sa fille, son mari et sa mère sont très cocasses. Ainsi, les parties du livre racontées du point de vue de Kennedy sont les bienvenues pour détendre l’atmosphère d’une lecture qui met en lumière autant d’injustices.   

Enfin, Turk est absolument insupportable. Toutefois, son récit est intéressant car il permet de mieux comprendre les rouages des organisations suprémacistes. On y découvre leur méthode de recrutement et leur façon de semer la terreur. On apprend surtout que bien souvent il s’agit de personnes extrêmement mal dans leur peau qui font souffrir pour oublier leur souffrance. 

« Je savais ce que ça faisait de faire souffrir, juste pendant quelques instants, au lien de souffrir soi-même » 

page 233 

Je ne vais pas gâcher votre plaisir en dévoilant l’évolution de Turk Bauer et je laisse à chacun l’opportunité de découvrir sa destinée à la fin du roman ainsi que les rebondissements rencontrés par sa famille. 

Ce récit à trois voix permet de comprendre véritablement les problèmes rencontrés par les personnes de couleur aux Etats-Unis et le poids du passé du pays sur ces citoyens. Cette situation est loin d’être un cas isolé et ce genre de problématiques se retrouvent également en France. C’est pourquoi j’espère que cette lecture permettra aux lecteurs d’ouvrir les yeux et de prendre réellement conscience des injustices subies par leurs concitoyens.

L’auteur

Jodi Picoult est une auteure américaine bien connue. Elle avoue avoir mis du temps à écrire ce roman en raison de la difficulté d’aborder la question raciale lorsqu’on n’est pas soi-même victime de discrimination. Finalement, elle aura trouvé le meilleur moyen de le faire avec ce roman et comme elle l’écrit elle-même dans sa postface : 

« Je voulais écrire cette histoire à l’attention de ma propre communauté – les Blancs – qui, si elle sait très bien montrer du doigt un skinhead néonazi en le traitant de raciste, éprouve davantage de difficultés à discerner les pensées racistes qu’elle porte en elle. »

Lectures diverses

Une brève histoire du temps, Stephen Hawking

Cependant, si nous découvrons une théorie complète, elle devrait un jour être compréhensible dans ses grandes lignes par tout le monde, et non par une poignet de scientifiques. Alors, nous tous, philosophes, scientifiques et même gens de la rue, serons capables de prendre part à la discussion sur la question de savoir pourquoi l’univers et nous existons. Si nous trouvons la réponse à cette question, ce sera le triomphe ultime de la raison humaine – à ce moment, nous connaîtrons la pensée de Dieu. 

Page 220

Informations générales

  • Année de parution : 1988
  • Genre : Vulgarisation scientifique
  • Nombre de pages : 237

Résumé

Stephen Hawking signe son premier livre destiné aux non-spécialistes. Il expose, avec simplicité et une touche de poésie, les développements de l’astrophysique de son époque concernant la nature du temps et de l’Univers. 

Ainsi, il nous fait découvrir les théories de Galilée ou celles d’Einstein, explique la nature des trous noirs et nous fait partager son rêve de découvrir une théorie unitaire combinant et unifiant la relativité générale et la mécanique quantique. En effet, pour lui, l’ultime but de la science est de fournir une théorie unique qui décrive l’Univers dans son ensemble. 

Au fond, ce que cherche véritablement Stephen Hawking c’est de comprendre les intentions qui ont menées à la Création.

« Ce qui signifierait que Dieu, étant omniprésent, aurait pu faire démarrer l’Univers à sa guise. Peut-être en est-il ainsi mais, dans ce cas, Dieu aurait dû aussi le développer d’une façon complètement arbitraire. Pourtant, il apparaît qu’il a choisi de le faire évoluer d’une façon très régulière, selon certaines lois. » 

pages 29-30

Pour moi, un des aspects magiques des livres, c’est qu’ils nous ouvrent les portes d’un univers infini de connaissances. C’est particulièrement le cas lorsque l’un des plus grands physiciens partage avec nous une partie de son pouvoir. 

« Mais jamais, depuis l’aube de la civilisation, les hommes ne se sont accommodés d’évènements hors cadre et inexplicables. Ils ont toujours eu soif de comprendre l’ordre sous-jacent dans le monde. Aujourd’hui, nous avons encore très envie de savoir pourquoi nous sommes là et d’où nous venons. Ce désir de savoir, chevillé à l’humanité, est une justification suffisante pour que notre quête continue. Et notre but n’est rien moins qu’une description complète de l’Univers dans lequel nous vivons. » 

page 33 

Je vous propose un petit résumé de ce que j’ai appris au cours de cette lecture ! 

Ce que j’ai appris 

J’ai pu avoir un début de compréhension, dans ses grandes lignes, de la théorie de la relativité. J’ai compris que son postulat fondamental est le fait que les lois de la physique devraient être les mêmes pour tous les observateurs en mouvement à n’importe quelle vitesse. C’est de cette théorie que sont nés deux autres principes, à savoir le principe de l’équivalence de la masse et de l’énergie, avec la célèbre formule E = MC2 et le principe selon lequel rien ne peut se déplacer plus vite que la vitesse de la lumière (sauf moi quand j’entends qu’on passe à table). 

Stephen Hawking nous entraîne aussi dans les réflexions d’Albert Einstein à travers le long chemin qui l’a conduit à élaborer sa théorie de la Relativité Générale. C’est en 1915, qu’Einstein la propose après avoir tenté d’expliquer la théorie de la Relativité restreinte. Avec la théorie de la Relativité Générale, il va démontrer que l’espace-temps est courbé par la masse et l’énergie qu’il contient. Il prédit également que le temps devrait apparaître plus lent près d’un corps massif comme la Terre. 

J’ai aussi appris que l’Univers s’étend d’environ 5 à 10% tous les milliards d’années. Je n’ai pas totalement compris comment ni pourquoi mais c’est aussi la question que se pose de nombreux scientifiques. 

J’ai adoré apprendre comment se forment les étoiles. Elles se forment lorsqu’une grande quantité de gaz s’effondre sur elle-même à cause de l’attraction gravitationnelle. A ce moment, c’est la fête, les atomes de gaz se heurtent de plus en plus vite et de plus en plus souvent, ce qui entraîne un réchauffement du gaz.

L’hydrogène devient si chaud que lorsque les atomes entrent en collision, ils ne rebondissent plus au loin mais s’unissent pour former de l’hélium, un peu comme les sessions zouk en fin de soirée où tout le monde fini collé-serré. C’est la chaleur dégagée pendant cette réaction qui explique pourquoi les étoiles brillent. La chaleur augmente la pression du gaz et contrebalance l’attraction gravitationnelle. Ainsi, le gaz cesse de se contracter. Une étoile est née !

Une des choses qui m’impressionne le plus dans l’Univers, ce sont les trous noirs. J’ai donc beaucoup aimé les explications de Stephen Hawking à ce sujet. Tout commence avec la mort d’une étoile. Une étoile meurt quand elle a brûlé toutes ses réserves (son hydrogène et d’autres carburants nucléaires). Elle fini par se refroidir et se contracter. 

La découverte des trous noirs a été longue et leur existence a longtemps été remise en question. Stephen Hawking retrace tout le questionnement qui a mené à leur découverte. Il y eu d’abord un étudiant indien, Subrahmanyan Chandrasekhar, qui se posa la question de la grosseur que devait avoir une étoile pour supporter sa propre masse après avoir brulé ses réserves. Oui, oui, il y a des étudiants qui se posent ce genre de questions. 

Il découvrit que les étoiles d’une masse supérieure à une masse limite (appelée limite de Chandrasekhar) s’effondrent sur elles-mêmes jusqu’à n’être plus qu’un point. Cela amena divers questionnements et des débats scientifiques intenses. Même Einstein avait du mal à admettre l’existence des trous noirs. 

Finalement, les divers travaux ont démontré que plus une étoile se contracte, plus le champ gravitationnel à sa surface devient intense et la lumière est déviée vers l’intérieur. Il devient de plus en plus difficile à la lumière de s’échapper et l’étoile devient plus sombre. Quand l’étoile est rétrécie jusqu’à un rayon critique, la lumière ne pourra plus s’échapper. Or, comme rien ne peut aller plus vite que la vitesse de la lumière comme on l’a vu, alors si lumière ne peut plus s’échapper rien d’autre ne le peut. 

Parmi ces travaux, Stephen Hawking a participé à démontrer que les trous noirs émettent des flots de rayons X et de rayons gamma. 

Il faut rappeler qu’à l’époque où Stephen Hawking a écrit ce livre, aucun trou noir n’avait jamais été observé. En 2019, une équipe internationale d’astrophysiciens a présenté la première photo d’un trou noir. Il s’agit du trou noir super massif M87* situé au coeur de la galaxie M87 ! Avec cette photo, on découvre une illustration exacte de ce que Stephen Hawking avait décrit dans son livre ! Magique … 

L’auteur


Stephen William Hawking, physicien et cosmologiste britannique, est surement l’un des esprits les plus brillants de notre époque contemporaine. Même les jours de sa naissance et de sa mort témoignent de son caractère exceptionnel. En effet, il est né le 8 janvier 1942, soit 300 ans jours pour jours après la mort de Galilée (8 janvier 1642) et mort le 14 mars 2018, la journée de Pi et le jour de l’anniversaire d’Albert Einstein (14 mars 1879). 

Ses travaux, notamment sur les trous noirs, l’ont rendu célèbre dans le monde entier. Ainsi, ceux qu’il a mené avec Roger Penrose, ont permis l’élaboration du théorème des singularités, qui détermine sous quelles conditions la formation d’un trou noir est inéluctable, et la prédiction que les trous noirs devraient émettre un rayonnement, appelé rayonnement de Hawking. 

Doté d’une intelligence exceptionnelle, il fut l’un des plus jeunes membres élus de la Royal Society en 1974. 

Cependant, il souffrait d’une forme rare de sclérose latérale amyotrophique (SLA ou maladie de Charcot) qui s’est déclarée lorsqu’il avait une vingtaine d’années et qui le paralysa progressivement. Il ne pouvait plus se nourrir seul et devint incapable de parler. A la suite d’une pneumonie, les médecins ont même pensé à arrêter les traitements. 

Sa femme se battit pour qu’on le maintienne en vie et il réussi à guérir de sa pneumonie. Afin qu’il puisse communiquer, diverses technologies ont été mises à contribution. Ainsi, il communiqua d’abord grâce à un dispositif alliant un commutateur dans sa main lui permettant d’écrire sur un ordinateur avec un synthétiseur vocal qui lisait ce qu’il venait de taper. 

Lorsqu’il perdit l’usage de ses mains, un capteur infrarouge fixé à une branche de ses lunettes détectaient les contractions d’un muscle de sa joue pour sélectionner les lettres une à une sur un clavier virtuel d’une tablette lui permettant ainsi d’exprimer cinq mots à la minute et de continuer à enseigner à l’Université de Cambridge jusqu’à 2009. Intel développa ensuite une nouvelle interface basée sur la reconnaissance faciale des mouvements de ses lèvres et sourcils. 

Toutes ces difficultés ne l’ont pas empêché de mener brillamment ses différents travaux et de recevoir de nombreuses récompenses (Commandeur de l’ordre de l’empire britannique en 1982, médaille présidentielle de la liberté aux Etats-Unis en 2009 etc.)

Il est donc assez formidable qu’un esprit aussi brillant et complexe, ayant autant de difficultés à communiquer à cause de sa maladie, ai pu nous faire partager ses pensées au sein d’ouvrages de vulgarisation scientifique aussi géniaux. Son livre Une brève histoire du temps fut d’ailleurs l’un des ouvrages du genre ayant rencontré le plus grand succès.